Haies sèches et prairie humide : un chantier participatif au service de la biodiversité à Pleudihen-sur-Rance

Vendredi 16 janvier, un chantier participatif s’est tenu à Pleudihen-sur-Rance, dans une prairie humide de bord de Rance présentant un fort intérêt écologique. Une bonne quinzaine de bénévoles de l’antenne Rance-Émeraude sont intervenu.e.s sur la ferme de Sven Auffret, éleveur caprin et producteur de fromages, engagé depuis 2020 au sein du réseau Paysans de Nature.

La journée faisait suite à un premier chantier organisé en février 2025, consacré à la mise en place de haies sèches dans une prairie pâturée. L’intervention visait à prolonger ces aménagements en utilisant les ressources végétales disponibles sur place, dans une logique de gestion écologique des linéaires et des bordures de parcelles.

Une prairie humide à fort intérêt écologique

Orchis laxiflora © O. Massard

La prairie concernée est une prairie humide alluviale, influencée par la proximité de la Rance et par un réseau de fossés fonctionnels. Elle a été distinguée en 2020 par le premier prix national des prairies fleuries1, reconnaissant la richesse de sa flore, les pratiques agricoles favorables à son maintien et la présence d’une espèce d’orchidée qui prospère dans les milieux humides : l’Orchis à fleurs lâche (Orchis laxiflora).
Ces prairies accueillent généralement des cortèges végétaux caractéristiques des milieux humides, avec notamment des joncs (Juncus spp.), des laîches (Carex spp.), des renoncules et diverses graminées hygrophiles dont la houlque laineuse (Holcus lanatus) – peu appréciée par les chèvres [dixit Sven]. Elles constituent des habitats majeurs pour de nombreux groupes faunistiques, tout en jouant un rôle important dans la régulation hydrologique et la filtration –et la qualité – de l’eau.

Les haies sèches : un aménagement favorable à la biodiversité

Les haies sèches mises en place reposent sur une structure simple : des piquets en bois entre lesquels sont empilés branches, ronces et bois mort. Elles ont été alimentées toute la journée, par des travaux de coupe réalisés sur place, notamment par le dégagement de ronciers ayant colonisé des prunelliers (Prunus spinosa) et des saules (Salix spp.), éléments typiques des haies ripisylves bordant les fossés de la prairie. Quelques peupliers abattus lors d’une précédente tempête ont également été valorisés.

Les bénévoles se sont réparti les tâches entre l’enfoncement des piquets, la coupe et le débitage des végétaux, puis le transport et l’empilement des matériaux. L’usage de cisailles, sécateurs et tronçonneuses a permis une intervention ciblée, respectant les zones les plus sensibles du site, notamment les secteurs déjà en eau, favorables à la reproduction des amphibiens et les ronciers bas qui offrent, en été, une ressource fourragère particulièrement appréciée des chèvres.

Du point de vue naturaliste, les haies sèches constituent des micro-habitats particulièrement intéressants. Elles offrent des refuges et des sites d’hivernage pour les micromammifères (mulots, campagnols), des zones de chasse pour les mustélidés et le renard, ainsi que des habitats pour de nombreux invertébrés, notamment les coléoptères saproxyliques. Elles peuvent également servir de zones de repos ou de chasse pour l’avifaune des milieux bocagers et humides, comme la bergeronnette des ruisseaux, le rougegorge familier ou le troglodyte mignon. La présence d’eau permanente dans les fossés adjacents est favorable à des espèces d’amphibiens fréquemment observées dans la vallée de la Rance, telles que la grenouille rousse, le triton palmé ou le crapaud commun.

La faune locale s’est d’ailleurs brièvement manifestée par l’observation furtive d’un renard, entraperçu par Véronique, en lisière de prairie, rappelant la fonctionnalité écologique du site.

Un temps de repas partagé a permis de poursuivre les échanges entre bénévoles et éleveur, autour d’une soupe de légumes préparée sur place. Par chance, les conditions météorologiques étaient particulièrement favorables, avec une journée lumineuse malgré l’arrivée de nuages en fin d’après-midi.

Ce chantier participatif illustre l’intérêt d’actions simples associant pratiques agricoles et gestion naturaliste. En contribuant à la structuration du bocage et au maintien des prairies humides, il participe au renforcement d’habitats favorables à la biodiversité ordinaire et à la continuité écologique dans un paysage agricole de fond de vallée.

Instantanés

Une même prairie… deux regards

Ce que révèle le terrain

Plusieurs éléments observables sur le site témoignent du bon fonctionnement écologique de cette prairie humide et de ses abords :

  • Hydrologie fonctionnelle : fossés en eau en période hivernale, permettant l’inondation temporaire de la prairie et favorisant la reproduction des amphibiens.
  • Diversité floristique : présence d’un cortège végétal typique des prairies humides, sans domination marquée d’espèces nitrophiles, traduisant une fertilisation limitée et une gestion adaptée.
  • Structure paysagère variée : alternance de milieux ouverts et linéaires arborés (haies vives, haies sèches), favorable aux déplacements de la faune et à la continuité écologique.
  • Présence de bois mort : bois en décomposition intégré au paysage agricole, élément clé pour les cycles de nutriments, la vie du sol et de nombreux invertébrés.
  • Pratiques agricoles extensives : pâturage adapté et absence de drainage intensif, contribuant au maintien des fonctions écologiques de la prairie sur le long terme.

Chez Sven

Une prairie immense
Inondée de lumière,
Là-bas au loin la Rance.
Les haies sèches, des barrières ?
Non ! Ces saules tronçonnés,
Ces branches ramassées et traînées
Par une équipe motivée
Serviront de refuge à moultes animaux !
Petits rongeurs, insectes, oiseaux
Viendront s’y installer ou s’y régaler.
Et les chèvres de Sven,
Les rustiques, les alpines ?
Elles ne manqueront de rien,
les petits ronciers étancheront leur faim.

Françoise Goguel


  1. https://www.ouest-france.fr/bretagne/pleudihen-sur-rance-22690/pleudihen-sur-rance-il-remporte-le-premier-prix-national-des-prairies-fleuries-6995417 ↩︎

Texte et photos : Y. Meneux (BV Rance-Emeraude)