Retour sur la rencontre du 21 février à Mûr-de-Bretagne
Près de 80 participants se sont retrouvés le 21 février à Mûr-de-Bretagne pour la rencontre annuelle du réseau REGAIN. Jardiniers, naturalistes et porteurs de projets ont partagé expériences, connaissances et outils pour mieux accueillir la biodiversité dans les jardins. Cinq membres de Bretagne Vivante étaient présents pour cette journée riche en échanges et en découvertes.
REGAIN, un réseau de jardins engagés pour la nature
Le réseau REGAIN poursuit sa dynamique en Bretagne. Il regroupe aujourd’hui 285 jardins inscrits, dont 2 jardins ORE et 6 jardins associatifs, représentant environ 165 hectares répartis sur 176 communes.
Si le maillage est déjà conséquent, certaines zones restent moins représentées. C’est notamment le cas de l’Ille-et-Vilaine (5 ha) et des Côtes-d’Armor (46 ha), où le développement du réseau constitue encore un enjeu.
Au-delà des chiffres, ces jardins constituent surtout un laboratoire à ciel ouvert pour expérimenter des pratiques favorables à la biodiversité et partager des savoir-faire entre jardiniers.
Jardins partagés et projets collectifs
La journée a débuté par plusieurs témoignages illustrant la diversité des initiatives portées dans le réseau.
Parmi eux, Nelly a présenté l’inventaire des insectes observés dans son jardin, témoignant de la richesse de la biodiversité que peut accueillir un espace cultivé avec attention.
Yves a ensuite évoqué le jardin partagé “Le Jardin du Bonheur” à Plogastel-Saint-Germain (Finistère). Inscrit dans la démarche REGAIN depuis 2024, ce jardin communal s’appuie sur trois défis principaux :
- cultiver au naturel grâce à des ateliers mensuels,
- organiser des événements de sensibilisation,
- proposer un lieu ouvert aux habitants.
Le projet s’inscrit dans le cadre de la Stratégie nationale biodiversité 2030 et du Plan régional santé-environnement.
Autre exemple inspirant : “Ti-Kuzhet Jardins et Forêts” à Lesneven – Le Folgoët. Sur une prairie de 2,3 hectares située en zone urbaine, le site accueille aujourd’hui plusieurs aménagements :
- une mini-forêt dense,
- des jardins familiaux partagés,
- un jardin-forêt comestible,
- un verger en permaculture.
Pensé comme un espace ouvert au public, le lieu combine expérimentation, pédagogie et promenade, autour de quatre valeurs clés : vie, diversité, partage et expérimentation.
Comprendre les pollinisateurs pour mieux les accueillir
Moment fort de la journée : la conférence du naturaliste Gilles Mahé, consacrée aux pollinisateurs.
Son intervention a rappelé la complexité et la richesse des interactions entre plantes et insectes : pollinisation, habitat, alimentation, mais aussi décomposition et régulation naturelle des ravageurs. Par exemple, certaines plantes attaquées par les pucerons peuvent émettre des molécules attirant les prédateurs de ces insectes.
Contrairement aux idées reçues, les pollinisateurs ne se limitent pas aux abeilles domestiques. En réalité, trois quarts des pollinisateurs sont des abeilles sauvages. On compte environ 1000 espèces en France, dont près de 500 en Bretagne.
Les abeilles ont co-évolué avec les plantes à fleurs et se répartissent en trois groupes selon la longueur de leur langue : courte, moyenne ou longue. Larves comme adultes se nourrissent exclusivement de pollen et de nectar, ce qui explique leur fidélité à certaines espèces végétales.
Les fleurs attirent ces insectes grâce à plusieurs signaux :
- la couleur, visible à distance,
- le parfum, perceptible de près,
- la présence de nectar,
- et même la fluorescence des plantes.
Les bourdons, pollinisateurs menacés
La Bretagne et les Pays de la Loire abritent 24 espèces de bourdons. Trois sont communes et fréquentent volontiers les jardins, tandis que les 21 autres sont plus liées aux milieux naturels, comme les prairies, le bocage ou les landes.
Mais ces insectes sont aujourd’hui fragilisés par plusieurs facteurs :
- la raréfaction des plantes dont ils dépendent,
- la fragmentation des habitats,
- l’usage de traitements chimiques.
Pour les favoriser, les intervenants ont rappelé l’importance de planter des espèces sauvages locales. Les jardins trop riches en plantes exotiques peuvent détourner les pollinisateurs des ressources dont ils ont réellement besoin.
Abeilles domestiques : attention aux idées reçues
Un atelier a également abordé la question des ruches dans les jardins.
Installer une ruche est souvent perçu comme un geste en faveur de la biodiversité. Pourtant, les abeilles domestiques peuvent entrer en concurrence alimentaire avec les abeilles sauvages, déjà menacées.
La multiplication des ruches attire aussi les frelons asiatiques, pour lesquels elles constituent une source concentrée de nourriture.
Le message des intervenants est donc clair : favoriser d’abord les abeilles sauvages, en proposant des plantes locales et des habitats adaptés (sols sableux, tiges creuses, bois mort…).
Accueillir les insectes… toute l’année
Plusieurs ateliers pratiques ont permis d’aborder les cycles de vie et les habitats d’insectes emblématiques :
- le machaon, lié notamment au fenouil et à la carotte sauvage,
- la cétoine dorée,
- le lucane cerf-volant, dépendant du bois mort,
- ou encore le scarabée rhinocéros, devenu plus rare.
Un autre atelier s’est intéressé aux stratégies hivernales des insectes. Certains meurent après reproduction, d’autres migrent, entrent en diapause ou passent l’hiver sous forme d’œufs, de larves ou de nymphes. Les insectes sociaux, comme les guêpes ou les frelons, ne conservent souvent que les reines fécondées pendant la mauvaise saison.
Les hôtels à insectes : utiles mais pas miraculeux
La construction d’abris à insectes a également été abordée. Si les hôtels à insectes sont populaires, ils ne constituent pas une solution universelle.
Les intervenants recommandent plutôt de multiplier les petits refuges dispersés dans le jardin :
- pots de fleurs remplis de paille pour les perce-oreilles,
- fagots de tiges creuses,
- bûches percées pour les abeilles solitaires,
- bacs de sable pour certaines espèces.
Cette diversité d’abris correspond mieux aux besoins variés des insectes.
Une biodiversité discrète mais essentielle
D’autres ateliers ont permis de découvrir les insectes du compost, les carabes, prédateurs utiles au potager, ou encore la microfaune des mares, véritable indicateur de la qualité de l’eau.
Ces observations rappellent qu’un jardin vivant abrite une multitude d’espèces souvent discrètes, qui participent pourtant au fonctionnement des écosystèmes.
Partager les savoirs naturalistes
La journée s’est conclue par un atelier consacré à l’identification des insectes à partir de photographies. Parmi les outils appréciés des passionnés figure le forum “La galerie du monde des insectes”, qui permet d’échanger et d’obtenir des identifications.
Antennes, tarses, milieu de vie : autant de critères précieux pour reconnaître ces petites bêtes qui composent un monde d’une diversité infinie.
Article réalisé à partir des contributions de Marie-Christine, Pierrette, Sylvie, Véronique et Françoise.
Image d’en-tête © Bretagne Vivante