Résumé de la présentation faite le 28 janvier pour le Comité de Suivi de l’ABI
Cet article propose une synthèse des principaux enseignements de l’Atlas de la biodiversité intercommunale de Saint-Malo Agglomération. Il en restitue les constats essentiels, les enjeux identifiés et les perspectives d’action.
Comprendre et agir face à l’érosion de la biodiversité
Dans un contexte de déclin global de la biodiversité, confirmé par de nombreuses études scientifiques, Saint-Malo Agglomération (SMA) a engagé la réalisation de son Atlas de la Biodiversité Intercommunale (ABI). Présenté lors du comité de suivi du 28 janvier 2026, cet outil vise à mieux connaître la biodiversité du territoire, à identifier les enjeux prioritaires et à accompagner concrètement les collectivités et les acteurs locaux dans la mise en action.
Le territoire de Saint-Malo Agglomération se caractérise par une géographie singulière, à la fois riche et vulnérable. Littoral très attractif, estuaire de la Rance, marais, zones agricoles, espaces urbanisés et massifs boisés composent une mosaïque de milieux soumis à de fortes pressions : artificialisation des sols, intensification agricole, vieillissement de la population, tension sur la ressource en eau et impacts croissants du changement climatique. Dans ce contexte, préserver la biodiversité apparaît comme un levier essentiel de résilience territoriale.
Un atlas collectif et partagé
L’Atlas de la biodiversité de SMA repose sur une démarche collective, associant communes, experts naturalistes, associations, services de l’agglomération et financeurs. Plus de 170 membres ont été mobilisés au sein de comités de suivi et d’ateliers thématiques, permettant de consolider le diagnostic, de partager les enjeux et de co-construire des propositions d’actions. Plusieurs types de travaux ont été menés :
- des diagnostics “flash” sur des sites proposés par les communes ;
- des inventaires naturalistes approfondis sur des zones à forts enjeux de biodiversité ;
- des diagnostics des bâtiments communaux et des corridors de déplacement des chauves-souris ;
- de nombreuses actions de sensibilisation et d’animation à destination du grand public, des élus et des agents.
Ces travaux ont donné lieu à des livrables accessibles : un portrait de territoire, des rapports par site étudié, des cartes des enjeux écologiques et un plan d’actions opérationnel.
Une biodiversité riche mais fragilisée
Une occupation du sol contrastée
Le territoire de SMA reste largement agricole, avec environ 65 % d’espaces agricoles, mais il se distingue à l’échelle régionale par une part plus importante de milieux urbanisés et une moindre présence de milieux boisés et arborés. Les forêts couvrent environ 9 % du territoire, contre 12 % en Bretagne, tandis que les haies et talus, éléments clés du bocage, sont moins représentés et ont connu une forte régression historique, malgré une légère reprise récente.
Près de 39 % du territoire est toutefois constitué de milieux naturels et semi-naturels. Malgré cette richesse, la surface effectivement protégée reste limitée : 386 hectares, soit 1,6 % du territoire intercommunal, un niveau supérieur à la médiane régionale mais encore insuffisant au regard des enjeux identifiés.
Un état des connaissances renforcé
L’atlas s’appuie sur plus de 40 000 observations naturalistes collectées entre 2000 et 2024, permettant d’identifier 3 764 espèces sur le territoire. Parmi elles, 76 espèces sont menacées à court terme, notamment des oiseaux, des chauves-souris, des amphibiens et certaines plantes rares.
Les milieux littoraux concentrent des enjeux majeurs, qu’il s’agisse des dunes, des herbiers de zostères, des prés-salés ou des récifs d’Hermelles. Ces espaces sont soumis à une forte fréquentation humaine et à une vulnérabilité accrue face au changement climatique. Les zones humides et les cours d’eau sont également très dégradés : aucun cours d’eau du territoire n’atteint aujourd’hui un bon état écologique, et près des deux tiers des zones humides sont altérées, alors même qu’elles jouent un rôle clé dans la gestion de l’eau, la prévention des inondations et la lutte contre les îlots de chaleur.
Des diagnostics ciblés pour passer à l’action
Au total, 185 secteurs ont été inventoriés sur l’ensemble du territoire. Parmi eux, 34 zones à enjeux, réparties sur 16 communes, ont fait l’objet d’études approfondies : cartographie des habitats, inventaires d’espèces, analyse des pressions et élaboration de préconisations opérationnelles.
Les diagnostics ont permis de mettre en évidence des priorités claires : restaurer les continuités écologiques, préserver les zones humides et les prairies naturelles, renforcer le bocage, gérer durablement les boisements et limiter l’érosion et la pollution des eaux.
Un volet spécifique a concerné le bâti communal. Pas moins de 109 bâtiments publics, dans 13 communes, ont été prospectés. Ces inventaires ont révélé la présence de nombreuses espèces protégées, notamment des chauves-souris et des oiseaux nicheurs (hirondelles, martinets). Ils soulignent l’importance d’anticiper les travaux et d’intégrer la séquence “éviter, réduire, compenser” afin de concilier rénovation du patrimoine et préservation de la biodiversité.
Sensibiliser, mobiliser, faire participer
L’Atlas ne se limite pas à un diagnostic scientifique. Il a également été un outil de mobilisation citoyenne. Grâce à un atlas en ligne, à des sorties nature, des animations lors d’événements grand public et des actions dans les communes, plusieurs centaines de personnes ont été sensibilisées aux enjeux de la biodiversité locale. Ces temps d’échange ont contribué à rendre visible une biodiversité souvent discrète, mais essentielle au fonctionnement du territoire.
Un plan d’actions pour les années à venir
L’Atlas débouche sur un plan d’actions structuré pour les cinq à six prochaines années, organisé autour de trois grands axes : sensibiliser et mobiliser, coopérer, et agir concrètement. Les actions prioritaires concernent notamment :
- la préservation des sols et de la ressource en eau ;
- le développement et la gestion durable du bocage et des espaces arborés ;
- la protection des zones humides, des milieux littoraux et des habitats remarquables ;
- la prise en compte systématique de la biodiversité dans les documents d’aménagement et les projets d’urbanisme ;
- la préservation de la faune du bâti et la lutte contre les espèces exotiques envahissantes.
Saint-Malo Agglomération s’engage également à être exemplaire sur ses propres espaces, en menant des actions pilotes, en diffusant des outils techniques et en accompagnant les communes dans leurs démarches.
Un atlas vivant, tourné vers l’avenir
L’Atlas de la biodiversité de Saint-Malo Agglomération ne constitue pas une fin en soi, mais une base de travail évolutive. Des productions complémentaires, des animations et la recherche de financements pour la mise en œuvre des actions sont déjà programmées pour 2026.
En renforçant la connaissance, en structurant l’action collective et en plaçant la biodiversité au cœur des politiques locales, l’Atlas contribue à construire un territoire plus résilient, capable de concilier attractivité, qualité de vie et préservation du vivant.
Pour aller plus loin
- Présentation des principales unités paysagères de Saint-Malo agglomération
- Zoom sur quelques sites « diagnostiqués »

