et ce qu’elle
n’explique pas
Granite, grès, roches métamorphiques… Sous leurs silhouettes familières, les îles et îlots de la Côte d’Émeraude cachent une histoire vieille de plusieurs centaines de millions d’années. Mais leur sous-sol explique-t-il vraiment ce qu’elles sont devenues ?
Des îles bien plus anciennes que la mer
Avant d’être des lieux de promenade, des réserves naturelles ou des sites fortifiés, nos îles étaient des morceaux de roche, formés dans des environnements très différents et à des époques parfois très éloignées.
Une grande partie de ces roches remonte à plus de 550 millions d’années. À cette époque, la région connaît de profonds bouleversements : des montagnes se forment, des roches sont enfouies et transformées sous l’effet de la chaleur et de la pression. Certaines commencent même à fondre. C’est ainsi que sont nées les roches métamorphiques et les migmatites que l’on retrouve notamment autour de Saint-Malo et dans la Rance.
D’autres îlots reposent sur des granites, formés eux aussi en profondeur, mais dans des conditions différentes. Plus au sud, du côté d’Erquy, on trouve également des grès roses ou rouge-cuivre, issus de sables et de graviers accumulés puis transformés en roche. À la pointe de la Heussaye, les roches volcaniques témoignent même d’anciennes éruptions sous-marines.
Derrière des paysages parfois très proches, se cachent donc des histoires géologiques bien différentes.
Quatre grandes familles de roches
Notre inventaire fait apparaître quatre grands ensembles :
- Les migmatites et les roches métamorphiques de Saint-Malo et de la Rance. Elles résultent de transformations profondes de roches anciennes, soumises à de fortes pressions et températures. Douze îles de notre classement y sont rattachées, parmi lesquelles le Grand Bé, le Petit Bé, le Guesclin, Harbour, Agot, le Perron et Besnard.
- Les granites du secteur de Cancale. Ils constituent notamment le sous-sol de l’île des Landes, du rocher du Herpin et, avec quelques incertitudes, des Rimains.
- Les leucogranites et le granite de Pléneuf. Ces roches à grain fin sont notamment présents à la Colombière et au Verdelet. La Colombière est particulièrement intéressante : sa pierre a été exploitée comme matériau de construction.
- Les grès d’Erquy-Fréhel. Ces roches sédimentaires, reconnaissables à leurs teintes roses ou cuivrées, constituent notamment l’îlot Saint-Michel et les Châtelets. Sur ces derniers, les plis visibles dans les bancs de grès témoignent des déformations qu’a subies le massif.
Cézembre mérite une mention particulière. Son granite s’est formé à la suite d’une fusion partielle de roches en profondeur. Bien plus tard, vers 330 millions d’années, des filons de roche volcanique sombre sont venus le recouper. Deux épisodes géologiques très éloignés dans le temps sont ainsi visibles sur une même île.
La mer a façonné les îles
Les roches existaient bien avant les îles que nous connaissons aujourd’hui. C’est l’érosion, puis les grandes variations du niveau de la mer au cours des périodes glaciaires et interglaciaires, qui ont progressivement dessiné le littoral actuel.
La mer a envahi les vallées, séparé des portions de terre et isolé des pointes rocheuses. Elle a façonné les chenaux, les récifs et les passages qui entourent aujourd’hui nos îlots.
La nature de la roche intervient dans cette évolution : certaines résistent mieux que d’autres à l’érosion, tandis que les fissures et les zones fragilisées facilitent le travail des vagues et des marées. Mais la roche ne fait pas tout. L’exposition à la houle, les courants et la configuration du littoral jouent également un rôle important.
C’est pourquoi deux îlots voisins peuvent présenter des formes très différentes, même lorsqu’ils reposent sur des roches comparables.

Ce que la roche explique… et ce qu’elle ne décide pas
La nature des roches peut parfois influencer directement le devenir d’une île.
À la Colombière, par exemple, la qualité de la pierre a permis l’exploitation d’une carrière. Cette activité a marqué durablement l’îlot, aujourd’hui devenu une réserve naturelle. Ici, la roche a donc contribué à façonner son histoire.
Ailleurs, elle forme simplement le socle du paysage. Le Verdelet est un relief rocheux d’une trentaine de mètres, relié au continent par un cordon de galets. l’Île Besnard est également reliée à la terre, mais par un cordon de sable. Au Petit Bé, le fort a été construit sur un socle de migmatite. Mais ces paysages ne dépendent pas seulement de la roche : la mer et les courants ont aussi joué leur rôle.
Dans la Rance, la plupart des îles étudiées reposent sur des roches de même famille. Leur histoire géologique est donc étroitement liée à celle de l’estuaire.
Pour autant, la géologie n’explique pas pourquoi une île est devenue une réserve, un lieu de promenade ou un site militaire. Elle n’explique pas non plus la présence des oiseaux marins, que l’on retrouve sur des îles aux roches très différentes.
La comparaison est révélatrice : les douze îles rattachées aux migmatites de Saint-Malo se répartissent dans quatre catégories du volet 1. Certaines sont des refuges pour les oiseaux, d’autres sont fréquentées ou portent des constructions, tandis que plusieurs restent peu documentées. Une même roche peut donc être associée à des îles aux destins très différents.
Nos connaissances restent toutefois incomplètes : la nature des roches n’a pas été vérifiée directement sur toutes les îles. Mais les éléments disponibles montrent déjà que le sous-sol ne suffit pas à expliquer ce qu’elles sont devenues.
La roche donne un cadre, pas un destin
La géologie nous renseigne sur ce qu’une île est : son origine, sa structure et une partie de la forme de ses paysages. Elle peut aussi rendre possible certains usages, comme l’extraction de pierre.
Mais elle ne raconte pas toute l’histoire. Pour comprendre pourquoi une île est devenue un fort, une carrière, un lieu de promenade ou un refuge pour les oiseaux, il faut aussi regarder ce que les hommes en ont fait et les décisions qu’ils ont prises.
La roche donne un cadre ; l’histoire et les usages contribuent à dessiner le destin de l’île.
C’est précisément ce que nous allons explorer dans le volet suivant, en nous intéressant aux traces laissées par les activités humaines : défense, exploitation, pêche, dévotion ou encore occupation des îlots.
Typologie géologique des îles et îlots de la Côte d’Emeraude
Vingt-cinq îles et îlots de la Côte d’Émeraude et de la Rance, classés par la roche et par leur régime d’insularité. Typologie de travail réalisée à partir des cartes géologiques du BRGM 1/50 0001.

île de ria (dans l’estuaire de la Rance) – île tidale (accessible à marée basse) – île rattachée (reliée par un tombolo) –
îlot marin (en mer ouverte).
Sources et références
- InfoTerre. Cartes géologiques du BRGM, ICI
- Cartes BRGM de Saint-Malo et de Dinan. Feuilles 207 et 245 et les notices correspondantes.
- Chauris L. et Jonin M. (2011), « Esquisse géologique de l’île de Cézembre (Ille-et-Vilaine) », Bulletin de la Société géologique et minéralogique de Bretagne, série D, n° 8, p. 45-48, PDF.
- Société géologique et minéralogique de Bretagne (2018), fiche « La Pointe de la Heussaye » (BRE 0029), PDF.
Notes de bas de page
- Cette typologie de travail reste à confirmer ; pour certains îlots, la nature du substrat a été attribuée par inférence à partir des formations géologiques du littoral voisin. Ces indications restent à confirmer par des données spécifiques… pour l’instant manquantes ou non trouvées ! ↩︎