Géographie
La Goutte est un petit ruisseau qui prend sa source du côté de Saint-Père-Marc-en-Poulet, forme une zone de marais en aval de l’écart [1] de la Goutte, puis traverse l’étang de retenue du Moulin à marée de Beauchet, avant de se jeter dans la Rance. Le marais de la Goutte se situe donc entre le marais noir de Saint-Coulban et le marais des Guettes.
Le bras de Châteauneuf, est un corridor écologique [2] d’une surface de 305,82 ha. Il est constitué du passage nord de Châteauneuf, du marais noir de Saint-Coulban, de la Goutte, de Beauchet, et des Guettes. Le Bras de Châteauneuf représente la plus grande surface de vasières de l’estuaire de la Rance, associée à des herbus importants et à deux marais saumâtres (polder des Guettes et marais de la Goutte). Les milieux sont composés de vasières, prés salés, marais, roselières et prairies humides.
Histoire
L’écart de la Goutte existait déjà lors de la réalisation du premier cadastre de la commune en 1809 et s’appelait « Village de la Goutte ». Les parcelles bâties en 1 809 sont, à quelques exceptions près, identiques à celles où sont représentés des bâtiments sur le deuxième cadastre de la commune, daté de 1848. Actuellement, les bâtiments anciens sont encore presque tous existants mais fortement remaniés. Depuis 1848, l’écart s’est peu développé. En contrebas des bâtiments se trouve le ruisseau de la Goutte. La tradition orale rapporte qu’autrefois, lors des marées, le ruisseau était grossi par leurs eaux et débordait, ce qui explique la construction du pont-digue.
Au sud-est du ruisseau se trouvaient deux salines appelées « Saline de la Goutte » et « Saline de Belle-Ile ». Dans son ouvrage sur la commune de Saint-Père-Marc-en-Poulet, datant du début du XXe siècle, Théodore Chalmel mentionne cet écart en ces termes : « C’est une plaine marécageuse (…). Un ruisseau, aux rives élargies par la marée montante, serpente mollement à travers les grèves, et se joint à la Rance dans le voisinage de l’Ile Notre-Dame. (…) grande levé en pierre qui endigue le cours de la rivière (…) ». Il décrit également l’histoire des salines comme ceci : « En 1736, le comte de la Garaye créa des salines à la Goutte. Elles occupaient deux cents journaux de terre en Saint-Père et en Saint-Suliac. On en distingue encore tout le système. Il comprenait dix-huit compartiments, alimentés par le jeu des grandes marées et communiquant entre eux au moyen d’écluses et de nocques. (…)
Dès les débuts, les paludiers du bourg de Batz, du Croisic et de Guérande vinrent exploiter les premières salines. Ils se fixèrent au pays et donnèrent naissance aux familles (…). Le sel de la Goutte, tendre, de saveur agréable, était très estimé. (…) Les salines furent vendues en 1862, converties en luzernières en 1864. Les agriculteurs reconquirent donc ces terres. Un réseau de fossés drainait cette zone de 150 ha jusqu’à un ruisseau qui se jette via un exutoire à clapet sous un pont enjambant une voie communale dans le bief du moulin Beauchet. Les fossés mal entretenus et l’augmentation de l’imperméabilisation (construction de lotissements et de la 4 voies), aggravèrent les débits des cours d’eau. Un aménagement de l’exutoire et du clapet du pont fut nécessaire en 1985 pour gérer ces débits accrus.
Ornithologie
La ZNIEFF [3] du Bras de Châteauneuf est une zone de biodiversité utile pour l’avifaune migratrice et hivernante avec des limicoles, des anatidés et des grèbes en lien avec les zones d’alimentation (vasières ou eaux peu profondes) et les reposoirs (herbus et îlots).
En amont du Bras, le Marais de la Goutte est une zone située entre l’estuaire de la Rance, le Marais Noir de Saint-Coulban et le complexe ZICO [4] de la baie du Mont Saint-Michel. C’est une zone d’alimentation pour les limicoles, anatidés et échassiers, c’est également une zone de reproduction connue pour certaines espèces (Busard des roseaux, Râle d’eau, fauvettes paludicoles…) (GEOCA 2010).
En aval du bras, le Marais des Guettes (anciennes salines), présente une très grande diversité d’espèces en période de reproduction, de migration et hivernale avec la présence de zones d’alimentation et de repos, notamment lors des niveaux hauts de l’estuaire.
Le document « Sites Natura 2000 FR5300061 « Estuaire de la Rance » et FR5312002 « Ilots Notre Dame et Chevret » – Document d’Objectifs explique que le marais de la Goutte est une zone de reproduction historique pour certaines espèces patrimoniales majeures (Busard des roseaux, Râle d’eau, Tadorne de Belon, fauvettes paludicoles, Martin pêcheur d’Europe, Bergeronnette flavéole…).
Zone naturelle de grand intérêt écologique et paysager, pouvant offrir des conditions d’accueil favorables à un cortège d’espèces de milieux ouverts et littoraux (Chouette chevêche, passereaux…).
Présence de prairies humides pâturées (rares à l’échelon du territoire) offrant des zones d’alimentation pour certaines espèces d’intérêt patrimonial (Bécassine des marais, Héron garde-bœufs…).
Quelques secteurs de vasières offrent des zones d’alimentation et de transit complémentaires et tranquilles pour des oiseaux migrateurs notamment (limicoles, anatidés, échassiers…).
Zone stratégique de corridor écologique entre l’estuaire de la Rance et le Marais de Saint-Coulban (passage migratoire, transit d’espèces aquatiques ou terrestres…).

Modalités des comptages à la Goutte.
L’objectif des inventaires de la Goutte est de décrire l’évolution de l’avifaune de ce marais.
3 équipes de 2 à 4 personnes chacune sont chargées, sur 3 parcours différents, de relever le nombre d’oiseaux vus ou entendus et de recueillir des informations sur la reproduction (codes atlas). La 1re équipe part de l’écart de la Goutte vers le Sud, la seconde par de l’écart vers la quatre voies, à l’Est, la troisième équipe part de la ferme de l’Orangerie en remontant vers le Nord. ➔ Pour en savoir plus sur ces inventaires : cliquez ici
- Dans chaque équipe une personne est chargée de noter les observations sur le logiciel NaturaList; les données sont ensuite archivées sur le site de Faune-Bretagne avant d’être mises en forme et traitées par des bénévoles de l’antenne pour être analysées et produire des analyses.
- Idéalement, chaque investigateur est équipé de jumelles et chaque équipe est dotée d’une longue-vue.
- Les parcours sont précisés ici.
- Le rendez-vous se fait devant le terrain de football de Saint-Suliac. L’heure est précisée par courriel quelques jours avant.
À chaque sortie, les archives en témoignent, une quarantaine d’espèces différentes ont été observées ou entendues par les équipes sur les différents parcours de prospection. Une vingtaine d’espèces rares ou accidentelles ont été notées .
Pour accéder aux bilans, cliquez ici
Notes
- [1] – Un écart est un lieu de peuplement isolé, une maison ou une ferme n’ayant pas de voisin. Un hameau est une petite agglomération rurale de quelques bâtiments comprenant plusieurs foyers, distincte du chef-lieu de la commune où se situe la mairie.
- [2] Un corridor écologique est un passage qui relie des espaces naturels. Les cours d’eau et leur végétation riveraine, les haies et les talus végétaux en sont des exemples. Les animaux et les plantes voyagent d’un endroit à un autre par ces passages.
- [3] ZNIEFF : zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique
- [4] ZICO : Zones importantes pour la conservation des oiseaux.