À Dinard, les papillons deviennent des alliés de la transition écologique à la ferme Solémer

Le 4 juin dernier, le groupe Agriculture et Biodiversité Rance Émeraude s’est retrouvé à la ferme maraîchère de Solémer, à Saint-Énogat (Dinard), pour mettre en place un suivi scientifique des papillons. Une initiative qui illustre parfaitement les liens étroits entre agriculture, biodiversité et sciences participatives.

Quand naturalistes et maraîchers se rencontrent

Installée sur les terres du Château Hébert à Dinard, la ferme Solémer développe un projet original associant maraîchage biologique, inclusion sociale, sensibilisation à l’environnement et formation aux métiers de la transition écologique. Située entre mer, forêt et espaces agricoles, elle offre un terrain particulièrement intéressant pour observer la biodiversité locale.

C’est dans ce contexte que le groupe Agriculture et Biodiversité Rance Émeraude avait effectué une première visite de la ferme il y a quelques semaines. Cette rencontre avait permis aux membres du groupe de découvrir le projet porté par Solémer, d’échanger avec les stagiaires impliqués dans les activités maraîchères et d’identifier plusieurs pistes de collaboration autour de la préservation de la biodiversité.

Parmi les propositions formulées à cette occasion figurait la mise en place d’un protocole de suivi des papillons de jour. Les papillons constituent en effet d’excellents indicateurs de la qualité écologique des milieux. Sensibles aux modifications des paysages, aux pratiques agricoles et à la diversité floristique, ils permettent de mieux comprendre l’état de santé d’un écosystème.

Le mercredi 4 juin, cette idée est devenue réalité. Après une présentation consacrée à la biologie des papillons, à leur cycle de vie et à leur rôle dans les écosystèmes, les participants ont découvert le protocole « Propage Papillons » avant de le mettre concrètement en œuvre sur le terrain.

Les papillons, sentinelles de la qualité écologique

Créé dans le cadre du programme national Vigie-Nature du Muséum national d’Histoire naturelle et de l’association Noé, le protocole Propage est destiné aux gestionnaires d’espaces naturels et agricoles. Son objectif est de suivre l’évolution des populations de papillons et d’évaluer l’impact des pratiques de gestion sur la biodiversité.

Le principe est simple : un parcours d’observation, appelé transect, est défini sur le site étudié. Les observateurs parcourent ensuite cet itinéraire pendant une durée déterminée en identifiant et en comptant les papillons rencontrés. Trois relevés sont réalisés au cours de la saison, entre juin et août, afin de disposer d’une vision représentative des populations présentes.

À Solémer, le premier comptage a ainsi été effectué début juin. Deux nouvelles sessions sont d’ores et déjà programmées en juillet et en août. Les données recueillies permettront non seulement de mieux connaître la diversité des papillons fréquentant la ferme, mais aussi d’évaluer l’effet des pratiques agroécologiques mises en œuvre sur le site.

Cette démarche s’inscrit pleinement dans l’esprit du réseau Paysans de nature, qui rassemble agriculteurs, naturalistes et citoyens autour d’une conviction commune : la préservation de la biodiversité constitue un levier essentiel pour construire des territoires plus résilients et des pratiques agricoles plus durables.

Pour Bretagne Vivante, cette collaboration est également l’occasion de renforcer les liens entre le monde agricole et les acteurs de la protection de la nature. En associant observations scientifiques, transmission des connaissances et gestion concrète des espaces cultivés, elle démontre que production agricole et préservation du vivant peuvent avancer de concert.

Rendez-vous est désormais pris pour les prochains comptages estivaux. Les résultats permettront peut-être de révéler la présence de nouvelles espèces et de mesurer, au fil des années, la richesse écologique de ce site singulier niché entre terre et mer.

Les papillons ont beaucoup à nous apprendre. Encore faut-il prendre le temps de les observer…


Texte : Yannick Meneux – Photo : © Sylvie Bouguet