Des ailes au-dessus des mares : résultats d’un inventaire odonatologique à Trébédan

Treize ans après un premier inventaire réalisé en 2013, Bretagne Vivante Rance-Émeraude a lancé un nouveau suivi des odonates sur le site des Grandes Landes de Trébédan. Les deux premiers passages de terrain révèlent déjà une diversité remarquable de libellules et de demoiselles.

Les libellules et les demoiselles, regroupées sous le terme d’odonates, figurent parmi les insectes les plus emblématiques des zones humides. Leur cycle de vie, partagé entre milieux aquatiques et terrestres, en fait également d’excellents indicateurs de la qualité écologique des habitats.

Afin de mieux connaître les espèces présentes sur le site des Grandes Landes de Trébédan, Romain Taillefer et Jean-Christophe Dudicourt ont entrepris de réaliser un inventaire odonatologique.1

Quatre secteurs sous observation

L’inventaire porte sur quatre secteurs représentatifs de la diversité des milieux présents aux Grandes Landes.

  • Les deux mares aux caractéristiques contrastées : l’une largement ouverte et bien exposée au soleil, l’autre plus à l’ombre et davantage bordée par la végétation arbustive.
  • Une petite dépression toujours en eau accueillant notamment la Grassette du Portugal (Pinguicula lusitanica), espèce emblématique des zones humides acides.
  • Enfin, des recherches complémentaires ont été menées dans les landes où les odonates viennent fréquemment se reposer, chasser ou s’abriter selon les conditions météorologiques.

Cette diversité de milieux offre une mosaïque d’habitats favorable à de nombreuses espèces de libellules et de demoiselles.

Des conditions favorables à l’observation

Les deux premiers passages ont été réalisés dans des conditions propices à l’activité des odonates.2

DateHoraireTempératureVentNébulosité
24 avril 202612h20 – 13h3024°C15 km/hSoleil
7 juin 202614h00 – 17h0018°C10 km/hNuageux

Si l’ensoleillement du premier passage était particulièrement favorable, les conditions rencontrées début juin ont néanmoins permis une prospection efficace de l’ensemble des habitats. La durée plus importante de ce second relevé explique également le nombre plus élevé d’espèces observées.

Une diversité déjà bien présente

Après seulement deux sorties de terrain, treize espèces d’odonates ont déjà été recensées sur le site.

Nom françaisNom scientifiqueGroupeNombre d’individus observés
Agrion délicatCeriagrion tenellumDemoiselle1
Agrion élégantIschnura elegansDemoiselle2
Agrion jouvencelleCoenagrion puellaDemoiselle24
Agrion mignonCoenagrion scitulumDemoiselle3
Agrion porte-coupeEnallagma cyathigerumDemoiselle4
Anax empereurAnax imperatorLibellule7 adultes (+ 5 exuvies)
Cordulie bronzéeCordulia aeneaLibellule2
Gomphe gentilGomphus pulchellusLibellule8
Libellule à quatre tachesLibellula quadrimaculataLibellule14
Libellule dépriméeLibellula depressaLibellule1
Libellule écarlateCrocothemis erythraeaLibellule5
Orthenum bleuissantOrthetrum coerulescensLibellule1
Orthetrum réticuléOrthetrum cancellatumLibellule3
Petite Nymphe au corps de feuPyrrhosoma nymphulaDemoiselle21

Quelques chiffres marquants3

  • 96 individus observés au total (hors exuvies4).
  • Les espèces les plus abondantes sont :
    • Agrion jouvencelle : 24 individus
    • Petite Nymphe au corps de feu : 21 individus
    • Libellule à quatre taches : 14 individus

Plusieurs exuvies d’Anax empereur ont par ailleurs été découvertes au bord des mares. Ces enveloppes larvaires abandonnées lors de la métamorphose constituent une preuve certaine de reproduction de l’espèce sur le site.

Petit bilan

  • 7 Demoiselles (Zygoptères)5
  • 6 Libellules (Anisoptères)6
  • 13 espèces et plus d’une centaine d’individus observés lors des deux premiers relevés.

En images

Un site riche en habitats

L’intérêt des Grandes Landes réside dans la diversité de ses milieux. Les mares ouvertes, les secteurs plus ombragés bordés de saules, les zones tourbeuses et les landes humides offrent une mosaïque d’habitats favorable à des espèces aux exigences écologiques variées.

Les premiers résultats confirment déjà l’intérêt de ces milieux pour les odonates. Ils permettront également d’améliorer les connaissances naturalistes sur le site et de suivre son évolution dans le temps.

Une comparaison attendue avec l’inventaire de 2013

Le précédent inventaire réalisé en 2013 avait permis de recenser dix-huit espèces. Les prochaines prospections permettront de comparer les deux périodes et de déterminer quelles espèces sont toujours présentes, lesquelles restent à retrouver et si de nouvelles espèces ont colonisé le site.

Ces comparaisons apporteront des informations précieuses sur l’évolution des populations de libellules et sur l’état de conservation des zones humides des Grandes Landes.

Une saison qui ne fait que commencer

L’inventaire se poursuivra tout au long de l’été et jusqu’au début de l’automne, période particulièrement favorable à l’observation des odonates.

Les prochains passages devraient enrichir significativement la liste des espèces recensées et révéler de nouvelles facettes de ce patrimoine naturel discret mais fascinant. Au fil de leurs vols au-dessus des mares et des landes humides, les libellules continuent ainsi de nous raconter l’histoire écologique des Grandes Landes de Trébédan.

Naissance d’une libellule

La « naissance » d’une libellule, d’un Anax empereur en quatre photos.

Déambulation dans les Grande Landes et rencontres

Sympétrum strié
Sympétrum strié (Sympetrum striolatum)
Sympétrum strié (Sympetrum striolatum)
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© Romain Taillefer


Image d’en-tête : mâle d’Orthetrum bleuissant © Romain Taillefer


  1. L’inventaire réalisé suit le protocole STELI↩︎
  2. Pour mémoire :
    Température : beaucoup d’espèces deviennent nettement plus actives au-dessus de 18-20 °C.
    Ensoleillement : certaines demoiselles se font discrètes sous un ciel couvert.
    Vent : au-delà d’un vent modéré, de nombreuses libellules se cachent dans la végétation.
    Horaire : certaines espèces sont surtout visibles en milieu de journée.
    Date dans la saison : certaines espèces printanières peuvent avoir disparu lorsque les espèces estivales apparaissent. ↩︎
  3. Les effectifs correspondent aux individus observés lors des deux premiers passages de terrain. Ils ne représentent pas les effectifs réels présents sur le site mais donnent une indication de l’abondance relative des espèces au moment des prospections. ↩︎
  4. Provient du latin « exuviae » signifiant dépouilles. Il s’agit de l’ancienne peau d’un animal tel que certains arthropodes, amphibiens, reptiles, odonates… ↩︎
  5. Les zygoptères↩︎
  6. Les anisoptères↩︎