Rendez-vous avec Kornog et avec les oiseaux
Rendez-vous avait été donné à 9:00, ce samedi 11 avril 2026, sur le parking de la Garde Guérin, commune de Saint-Briac, pour une balade ornithologique organisée par l’antenne Rance-Émeraude de Bretagne Vivante : 20 participants, curieux de nature, et 4 animateurs avaient répondu présent, malgré une météo peu réjouissante : un solide vent d’Ouest en rafales de 50 km/h, que les Bretons nomment Kornog, un accueil sous la bruine (qui eut le bon goût de cesser rapidement) et une fraîcheur peu printanière de 10°C (ressentie à 4°C). Aucun désistement, la troupe était manifestement très motivée !
La Garde Guérin : un site sous protections
La pointe de la Garde Guérin est un promontoire rocheux en forme de presqu’île qui s’avance dans la Manche, entre le golf de Saint-Briac et la côte de Saint-Lunaire. Point culminant du littoral d’Ille-et-Vilaine (48 m), elle offre un panorama exceptionnel s’étendant du cap Fréhel à Saint-Malo, et par temps clair jusqu’aux îles Chausey. Tel n’était pas le cas ce matin, hélas…
C’est un des Espaces Naturels Sensibles du Département d’Ille-et-Vilaine, géré directement par le Conseil Départemental. Ce statut, fondé sur les articles L. 113-8 et suivants du Code de l’urbanisme, confère au Département la maîtrise foncière ou de gestion du site, avec pour mission de préserver, valoriser et ouvrir au public ces espaces particulièrement sensibles. Les premiers aménagements d’accueil ont été réalisés dès 1983.
Le site bénéficie également d’un classement auprès du Conservatoire du Littoral (établissement public de l’État créé par la loi du 10 juillet 1975), dont la mission est l’acquisition et la sauvegarde des espaces naturels côtiers. La gestion du site est assurée conjointement par le Département d’Ille-et-Vilaine, qui en assume la gestion opérationnelle au quotidien.
Un arrêté préfectoral de protection de biotope a été pris pour le secteur du golf et de la pointe de la Garde Guérin, au titre de la protection des chiroptères. Il vise spécifiquement les galeries souterraines des blockhaus de la Seconde Guerre mondiale, qui constituent un gîte hivernal pour le grand murin (Myotis myotis) et le grand rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum), deux espèces inscrites sur la liste rouge nationale et à l’Annexe II de la Directive Habitats. Sur le site de Bretagne Vivante, on constate que ces souterrains sont une réserve gérée par l’association.

La pointe de la Garde Guérin est intégrée dans le périmètre du site Natura 2000 ZSC « Baie de Lancieux, Baie de l’Arguenon, Archipel de Saint-Malo et Dinard » (code FR5300066), qui s’étire le long de la Côte d’Émeraude jusqu’à Dinard et inclut l’île Cézembre. Ce classement, fondé sur la Directive Habitats-Faune-Flore 92/43/CEE (et pour la ZPS, sur la Directive Oiseaux 79/409/CEE), impose une évaluation des incidences pour tout projet susceptible d’affecter les habitats et espèces d’intérêt communautaire du site.
Le secteur est également référencé dans l’inventaire des ZNIEFF (Zones Naturelles d’Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique), dont les périmètres sont inclus dans le site Natura 2000. Enfin, comme l’ensemble du littoral breton, le site est soumis aux prescriptions de la Loi Littoral du 3 janvier 1986 (codifiée aux articles L. 321-1 et suivants du Code de l’environnement), qui interdit toute urbanisation nouvelle dans la bande des cent mètres, impose la continuité du sentier littoral (GR 34) et impose des règles strictes d’extension de l’urbanisation en continuité des agglomérations existantes.
Un peu d’histoire
La Garde Guérin est occupée par les hommes depuis l’Antiquité, et probablement depuis la Protohistoire, comme l’attestent des vestiges mégalithiques dont des fragments demeurent visibles. Entre Saint-Briac-sur-Mer et Saint-Lunaire, des indices archéologiques et historiques laissent supposer la présence d’un lieu de culte antique probablement lié aux Coriosolites, peuple gaulois dont le territoire s’étendait sur l’actuelle Côtes-d’Armor et l’ouest de l’Ille-et-Vilaine.
Longtemps, le site a été utilisé comme lieu de guet, pour l’observation des navires, ce dont témoigne son toponyme même : le terme « garde » désigne une fonction de surveillance et de contrôle du trafic maritime. Au XVIIIe siècle, un corps de garde y est établi, tenu par les troupes locales de Saint-Briac, puis repris par les services des douanes. En 1798, lors de la construction de la ligne télégraphique aérienne Paris-Brest par Claude Chappe, une station télégraphique est installée sur la Garde Guérin, en liaison d’un côté avec Saint-Malo et de l’autre avec Saint-Cast, s’inscrivant dans le réseau optique de communication le plus étendu d’Europe à cette époque.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands y installèrent des canons et construisirent un réseau fortifié composé de blockhaus reliés par plus de 400 mètres de galeries souterraines, destiné à défendre l’accès au port de Saint-Malo. Ces blockhaus furent détruits par les Alliés en 1944, et leur béton affleure encore dans la végétation.
Pendant de longues années, une carrière de pierre a été exploitée sur le promontoire, fournissant les matériaux de construction locaux en pierre du pays. L’exploitation a cessé dans les années 1970.
La végétation de la lande littorale est dominée par l’ajonc de Le Gall (Ulex gallii), l’ajonc d’Europe (Ulex europaeus), l’armérie maritime (Armeria maritima) et la bruyère cendrée (Erica cinerea), formant un cortège floristique caractéristique des pelouses aérohalines bretonne.
Finalement, quels oiseaux se sont-ils montrés ?
Deux équipes ont cheminé en sens inverse, sur un parcours de 1,3 km environ et 24 espèces ont été vues ou entendues. Le vent et la fraîcheur n’ont guère incité les oiseaux à se montrer. Néanmoins, la lande était riche des bruits de la mer et du vent, et des cris et des chants des oiseaux, Linottes mélodieuses, Troglodytes mignons, Bouscarles de Cetti notamment, que les participants apprirent à écouter puis à reconnaître.

Un petit coin de paradis, caché entre le GR et la mare, à l’est, offrit aux visiteurs de très belles observations : Orite à longue queue transportant de la nourriture, Linotte mélodieuse transportant du matériel pour la construiction du nid, Bouscarle de Cetti, picorant sa nourriture sur les branches et entonnant son chant tonitruant entre deux bouchées, chant mélancolique des Pouillots fitis.
Pour voir la liste des 24 espèces d’oiseaux vues et entendues au cours de la balade, ➔ cliquez ici
➔ En cliquant sur le nom de chacun des oiseaux de la liste vous ouvrirez sa fiche descriptive pour faire plus ample connaissance avec son espèce ! Une excellente méthode pour apprendre, se perfectionner ou pour réviser !
La vedette du jour
La vedette du jour est sans conteste la Linotte mélodieuse Linaria cannabina), dont les mâles en plumage nuptial et les riches vocalises ont enchanté tous les observateurs !

La Linotte mélodieuse (Linaria cannabina) est un petit passereau granivore de la famille des Fringillidés, dont le mâle en plumage nuptial se distingue par une tête grise, un front et une poitrine ornés d’un rouge carmin caractéristique, un manteau brun roux et des ailes striées de blanc ; la femelle, plus terne, présente un plumage brun strié qui lui assure un excellent camouflage au sol lors de la couvaison. Son nom lui vient d’un double hommage : « mélodieuse » pour son chant varié et flûté, et le nom scientifique cannabina pour son goût prononcé pour les graines de chanvre et de lin, dont elle est particulièrement friande, au côté des semences de chardons et de diverses plantes adventices. Oiseau des espaces ouverts et semi-ouverts, elle affectionne les bocages, les landes, les friches, les vergers et les zones agricoles parsemées de haies et de broussailles qui lui servent à la fois de garde-manger et de support de nidification ; les densités les plus élevées s’observent là où alternent friches, jachères et labours offrant une diversité floristique suffisante en plantes pionnières. Partiellement migratrice en France, elle peut former en hiver de grands groupes erratiques qui parcourent les campagnes à la recherche de ressources trophiques. Espèce protégée au niveau national, elle est classée vulnérable sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de France métropolitaine depuis 2016, malgré un statut mondial de préoccupation mineure à l’échelle de l’UICN : son déclin, amorcé dès les années 1980, est directement imputable à l’intensification des pratiques agricoles — arrachage des haies, recours aux herbicides éliminant les « mauvaises herbes » dont elle dépend, et généralisation des monocultures — qui réduisent drastiquement les ressources alimentaires disponibles.
Pour en savoir plus sur les oiseaux rencontrés… et les autres
- oiseaux.net : l’encyclopédie d’ornithologie en ligne, en français, et en libre d’accès.
- Merlin. Logiciel gratuit d’aide à l’identification (visuelle ou sonore) des oiseaux, en français, à installer dans son téléphone (iPhone ou Android)
- Guide expert des oiseaux d’Europe – Manuel d’Identification photographique, Biotope éditions. Récemment paru, cet ouvrage est remarquable.
- Guide ornitho – Delachaux et Niestlé. 3e édition
- https://www.youtube.com/@apprenezlestous/videos : des dizaines de vidéos pédagogiques pour améliorer ses connaissances taxonomiques en ornithologie. À découvrir absolument !
Conclusion
La météo menaçait de tout gâcher, mais les paysages à couper le souffle, les oiseaux compréhensifs et les 20 participants intéressés et attentifs ont fait de cette balade une très belle balade.
Si vous avez des questions, des remarques ou des suggestions, sur la sortie ou sur le compte-rendu, merci de bien vouloir écrire au groupe ornitho de l’antenne Rance-Émeraude.
La liste de nos prochaines sorties publiques, toutes disciplines, est accessible à cette adresse
À bientôt sur le terrain !
Rédaction : Michel Arnould – Samedi 11 avril 2026