À la recherche des amphibiens de la pointe de la Varde

Le rendez-vous

Jeudi soir. Il est 20 heures. Le soleil s’est couché depuis plus d’une demi-heure. Un petit vent frais nous fait frissonner. 7 bénévoles de l’antenne Rance-Émeraude de Bretagne Vivante ont rendez-vous sur le parking de la pointe de la Varde (Commune de Saint-Malo) pour procéder à l’inventaire des amphibiens des zones humides de ce site spectaculaire.

Un peu de géographie

La pointe de la Varde constitue, à l’est de Saint-Malo, une avancée rocheuse de la côte d’Émeraude culminant à environ 32 m, encadrée par des plages, des dunes et des zones humides littorales, dans un paysage où la géomorphologie marine, les formations sableuses et les aménagements militaires ont modelé un espace aujourd’hui protégé et en partie renaturé. Situé dans le quartier de Rothéneuf, ce site du Conservatoire du littoral offre un contraste net entre rebord littoral exposé aux vents et secteurs bas humides, ce qui en fait un terrain d’étude particulièrement intéressant pour les naturalistes.

Un peu d’histoire

Il se raconte qu’en 2019, des centaines de Crapauds épineux traversaient la route pour rejoindre les mares et fossés remplis d’eau et s’y reproduire et qu’ils étaient si nombreux à se faire écraser par les voitures qu’il fallut fermer la route et réaménager le site. Même la presse en a parlé ! En verrons-nous beaucoup ce soir ? Les inventaires des deux dernières années étaient si pauvres… Mais l’ambiance est euphorique et le moral au zénith !

La quête

La nuit tombe, et déjà les célestes flambeaux, penchant vers leur déclin, invitent au repos. (Virgile, Énéide, Livre 2).

Eh, oui. On peut aimer les amphibiens et la poésie. Le ciel est noir d’encre, seul l’horizon flamboie, et l’on aperçoit les premières étoiles dans les constellations de Cassiopée, d’Orion et de la Grande Ourse, ainsi que Vénus et Jupiter. La houle, au bas de la falaise, nous fait un joli paysage sonore, ponctué des chants d’un Rougegorge familier et d’une Grive musicienne… À cette heure-là ? Oui, oui, à cette heure-là !

Le signal du départ est donné, fini les papotages, il est temps de se mettre au travail !

Nos puissantes lampes de plongée fouillent les bords de la route, sans trouver trace du moindre crapaud. Une première mare est explorée avec soin : chou blanc ! Dans un fossé plein d’eau, deux Tritons, effrayés par la lumière leur déchirant les yeux, se sont réfugiés fissa dans la végétation sans que nous ayons eu le temps d’identifier l’espèce. 

2 Tritons sp. est-il noté dans le petit carnet.

Dans la grande mare, nous observons, enfin, une jolie Grenouille verte d’Europe (Pelophylax lessonae) indifférente à la présence des 7 zouaves illuminés qui poussent force exclamations à sa vue. Ils finiront bien par partir, semble-t-elle penser.

À l’autre bout de la mare, sur une berge inaccessible barrée de ronciers impénétrables, 3 crapauds nous gratifient de leurs chants, sans daigner se montrer. Venez donc nous voir par ici, semblent-ils se moquer. Ils sont à leur tour impitoyablement notés dans le petit carnet avec 3e triton.

Voilà près de 45 minutes que nous pataugeons dans la vase. La zone a été scrutée avec le plus grand soin. Cependant, la concentration des observateurs faiblit. Ça discute, ça plaisante et ça rigole. Il est temps de rentrer. Toute l’équipe chemine vers le parking.

Fin de sortie

Je laisse mes camarades s’éloigner. Leurs lampes font scintiller le bitume, tandis que j’éteins la mienne et tourne le dos à la ville et à sa pollution lumineuse. J’en ai le souffle coupé : un semeur aliéné semble avoir décoré le ciel de myriades d’étoiles, tandis que la mer susurre, en contrebas, de bien étranges histoires que seuls les crapauds et les oiseaux de nuit pourraient bien comprendre. 

Le carnet de notes

Je rejoins l’équipe. Tout le monde est ravi, sauf le carnet de notes. Une ambiance amicale et chaleureuse ainsi qu’une nature prolixe et généreuse ont fait de cette soirée une belle soirée. Seul le carnet de notes a rouspété : il a déclaré qu’il regrettait amèrement d’avoir quitté le confort douillet de son tiroir pour 1 grenouille, 3 crapauds et 3 tritons. Puis il nous a posé la question fatidique : pourquoi les crapauds ont-ils presque disparu des zones humides de la Varde ? C’est une excellente question, lui avons-nous répondu, à laquelle nous devrons bien répondre un jour, assistés de quelques spécialistes.

Rédaction : Michel Arnould – Vendredi 20 mars 2026