Dossier Forêt – volet 2

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Le retour des arbres

Après avoir atteint un minimum historique à la fin du XIXe siècle, la forêt bretonne connaît depuis plus d’un siècle une progression régulière. Partout, les arbres regagnent du terrain. D’anciennes terres agricoles se boisent naturellement, des parcelles sont replantées, de nouveaux massifs apparaissent.

À première vue, cette évolution semble très positive. Dans une région longtemps marquée par le recul forestier, le retour des arbres pourrait être interprété comme une bonne nouvelle pour les paysages, le climat et la biodiversité.

Mais derrière cette reconquête forestière se cache une réalité plus nuancée. Car si les arbres reviennent, toutes les formes de boisement ne se valent pas. Entre recolonisation naturelle, plantations industrielles et forêts anciennes, les différences écologiques sont considérables1.

Une forêt bretonne en progression

À la fin du XIXe siècle, la Bretagne est l’une des régions les moins boisées de France. La forêt ne couvre plus qu’environ 250 000 à 300 000 hectares, soit moins de 10 % du territoire2.

Depuis, la tendance s’est inversée. La surface forestière n’a cessé de progresser pour atteindre aujourd’hui près de 490 000 hectares, soit environ 17 % du territoire breton3.

Cette augmentation résulte de plusieurs phénomènes :

  • les politiques de reboisement ;
  • les plantations de production ;
  • l’abandon de terres agricoles marginales ;
  • l’enfrichement spontané de certaines parcelles.

En un peu plus d’un siècle, la Bretagne a donc presque doublé sa surface forestière.

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En un siècle, la Bretagne a presque doublé sa surface forestière. Mais cette reconquête quantitative ne signifie pas nécessairement le retour de forêts anciennes riches en biodiversité.

Reboisements et plantations : la grande accélération du XXe siècle

Une part importante de cette progression s’explique par les grandes campagnes de reboisement menées au XXe siècle4.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’objectif est clair : augmenter rapidement la production nationale de bois. Le Fonds forestier national, créé en 1946, encourage massivement les plantations.

En Bretagne, cela se traduit par l’extension de peuplements de résineux à croissance rapide :

  • épicéas,
  • douglas,
  • pins maritimes,
  • cyprès de Lawson dans certains secteurs.

Ces essences présentent des avantages économiques évidents : croissance rapide, rendement élevé, exploitation mécanisable.

Mais ce modèle transforme profondément les paysages forestiers.

Là où les forêts anciennes présentaient une mosaïque complexe d’arbres d’âges variés, de clairières, de bois morts et de micro-habitats, les plantations offrent souvent des peuplements homogènes, plus simples sur le plan écologique.

Le retour spontané des feuillus

Heureusement, le retour des arbres en Bretagne ne repose pas uniquement sur les plantations.

Dans de nombreux secteurs, la forêt regagne aussi du terrain naturellement. Lorsqu’une parcelle agricole est abandonnée, les espèces pionnières s’installent rapidement : bouleaux, saules, ajoncs, genêts.

Peu à peu, ces premiers colonisateurs préparent le retour d’essences plus durables comme les chênes, hêtres, châtaigniers ou érables5.

Ce processus de recolonisation spontanée joue aujourd’hui un rôle important dans plusieurs secteurs de Bretagne intérieure, notamment sur des terres agricoles peu productives ou délaissées.

Ces boisements spontanés présentent souvent un intérêt écologique supérieur à celui des plantations intensives, car leur structure est généralement plus diversifiée.

Plantation ou forêt ?

Une plantation n’est pas nécessairement une forêt au sens écologique.

Un alignement d’arbres du même âge, de la même espèce et plantés à intervalles réguliers peut produire du bois efficacement, tout en abritant une biodiversité relativement limitée.

À l’inverse, une forêt mature combine :

  • diversité d’essences,
  • arbres d’âges variés,
  • cavités,
  • bois mort,
  • strate arbustive,
  • micro-habitats.

C’est cette complexité qui fait la richesse écologique d’un milieu forestier.

Une progression qui ne dit pas tout

La hausse de la surface boisée constitue une donnée encourageante. Pourtant, elle peut être trompeuse si l’on s’en tient aux chiffres bruts.

Car tous les hectares forestiers ne se valent pas.

Un jeune boisement de vingt ans, une plantation monospécifique de résineux et une vieille chênaie de 180 ans comptent chacun pour un hectare dans les statistiques forestières. Pourtant, leur valeur écologique est sans commune mesure6.

Aujourd’hui, le véritable enjeu forestier breton n’est donc pas seulement quantitatif.

La question n’est plus simplement :
« Combien d’arbres avons-nous ? »

Mais plutôt :
« Quel type de forêt sommes-nous en train de reconstruire ? »

Planter des arbres diversifiées, adaptés au sol et au changement climatique7

Une nouvelle forêt à Locqueltas

Le retour des arbres est une bonne nouvelle. Mais il ne doit pas masquer l’essentiel : une forêt ne se résume pas à sa surface.

Une forêt vivante est un écosystème complexe qui se construit lentement, parfois sur plusieurs siècles8.

C’est précisément cette richesse écologique que nous explorerons dans le chapitre suivant.


Sources et références

Sources principales

  • DRAAF Bretagne, Données régionales forestières
  • ONF, La forêt, l’or vert vert de la Bretagne
  • IGN, Inventaire forestier national.

Notes de bas de page

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/For%C3%AAts_de_Bretagne ↩︎
  2. Corvol A., Histoire des forêts françaises ; ONF. ↩︎
  3. IGN ; DRAAF Bretagne. ↩︎
  4. Fonds forestier national (1946–2000) ; archives du ministère de l’Agriculture. ↩︎
  5. INRAE – dynamique de recolonisation forestière. ↩︎
  6. Dupouey J.-L. ; travaux sur les forêts anciennes. ↩︎
  7. https://www.climactions-bretagne.bzh/plantation-dune-foret-a-locqueltas/ ↩︎
  8. Vallauri D. (coord.), Le bois mort, une lacune des forêts gérées ; Peterken G., Natural Woodland. ↩︎