mais exceptionnelle
Une forêt ne se résume pas à un ensemble d’arbres. C’est un monde vivant d’une richesse insoupçonnée, où cohabitent plantes, oiseaux, mammifères, insectes, champignons, mousses, lichens et une multitude d’organismes invisibles à l’œil nu.
Une grande partie de cette biodiversité passe pourtant inaperçue. Là où le promeneur ne voit qu’un tronc, une branche morte ou une souche en décomposition, la nature révèle des milliers d’interactions vitales.
Dans les forêts bretonnes, cette biodiversité discrète constitue un patrimoine naturel exceptionnel. Mais elle dépend d’un équilibre fragile, étroitement lié à l’âge des peuplements, à la diversité des essences et à la présence d’arbres vieux ou morts.
Un refuge pour une faune remarquable
Les forêts bretonnes accueillent une faune bien plus riche qu’on ne l’imagine1. Derrière l’apparente tranquillité des sous-bois se cache un monde vivant d’une grande diversité.
Parmi les mammifères, le chevreuil, le sanglier, le renard, le blaireau ou encore la martre fréquentent les massifs forestiers. L’écureuil roux demeure l’un des habitants les plus familiers, tandis que de nombreuses chauves-souris trouvent refuge dans les cavités des vieux arbres.
Les oiseaux forestiers composent également un cortège remarquable. Mésanges, sittelles, grimpereaux, geais, chouettes et rapaces nocturnes dépendent fortement de ces milieux boisés. Certaines espèces, comme le pic épeiche, le pic noir ou le pic mar, sont particulièrement révélatrices de la qualité écologique des peuplements.
Mais l’essentiel de la biodiversité forestière reste souvent invisible. Coléoptères, papillons nocturnes, araignées, mollusques, mousses, lichens et microchampignons forment un univers discret, largement méconnu du grand public, mais indispensable au bon fonctionnement de l’écosystème.
Espèces associées à une forêt mature

Le bois mort, pilier invisible de la biodiversité
Pour beaucoup, un arbre mort évoque un espace négligé, voire une forêt mal entretenue. En réalité, il représente l’un des éléments les plus précieux d’un écosystème forestier2.
Qu’il s’agisse d’un tronc couché, d’une souche en décomposition, d’une branche morte ou d’un arbre sénescent encore debout, le bois mort constitue un habitat essentiel pour une multitude d’espèces. Il accueille insectes saproxyliques, champignons décomposeurs, mousses, amphibiens et oiseaux cavernicoles.
Sa présence est fondamentale au fonctionnement de la forêt. En se décomposant lentement, il restitue au sol des éléments nutritifs, nourrit d’innombrables organismes et participe à la formation de l’humus.
Près d’un quart de la biodiversité forestière dépend directement ou indirectement du bois mort3. Sa raréfaction dans les forêts intensivement gérées constitue donc un enjeu écologique majeur.
Les forêts anciennes : des réservoirs de vie
Toutes les forêts ne présentent pas la même richesse écologique.
Les forêts anciennes, c’est-à-dire des massifs dont les sols n’ont pas connu d’usage agricole récent, abritent une biodiversité particulièrement riche4.
Leur principal atout ? Le temps.
Il faut parfois plusieurs siècles pour qu’une forêt acquière :
- gros arbres ;
- cavités ;
- bois mort abondant ;
- sols forestiers complexes ;
- cortèges spécialisés de champignons et d’insectes.
Des massifs comme le Mesnil, Paimpont, Quénécan ou Huelgoat conservent encore localement cette richesse.
Mais ces milieux restent rares à l’échelle bretonne.
L’Indice de Biodiversité Potentielle (IBP)
Mis au point par le Centre National de la Propriété Forestière (CNPF), l’Indice de Biodiversité Potentielle (IBP) est un outil simple permettant d’évaluer la capacité d’une forêt à accueillir une biodiversité riche5.
L’IBP ne mesure pas directement le nombre d’espèces présentes. Il évalue plutôt la présence d’éléments favorables à la biodiversité : diversité des essences, gros bois vivants, arbres à cavités, bois mort sur pied ou au sol, présence de mares, clairières, lisières ou continuité forestière.
En pratique, une forêt présentant des arbres âgés, du bois mort, plusieurs strates de végétation et une mosaïque de milieux obtiendra généralement un bon score.
L’intérêt de cet outil est double : mieux comprendre la qualité écologique d’un peuplement forestier et identifier les améliorations possibles en matière de gestion.
L’IBP rappelle une idée essentielle : une forêt riche en biodiversité ne se juge pas seulement à sa surface, mais aussi à sa complexité écologique.
Une biodiversité fragile
Cette richesse écologique demeure pourtant vulnérable.
L’intensification de l’exploitation forestière, les coupes rases, l’uniformisation des peuplements et la disparition progressive des vieux arbres fragilisent de nombreuses espèces6. Les plus touchées sont souvent les plus spécialisées, celles qui dépendent étroitement des cavités, du bois mort ou des vieux peuplements feuillus.
Oiseaux cavernicoles, chauves-souris forestières, coléoptères saproxyliques, champignons lignivores ou lichens sensibles figurent parmi les organismes les plus exposés.
À ces pressions s’ajoutent désormais les effets du changement climatique : sécheresses plus fréquentes, tempêtes plus violentes, dépérissements, maladies émergentes et risque accru d’incendie.
Préserver la biodiversité forestière implique donc de considérer la forêt comme un écosystème vivant, complexe et fragile, et non comme une simple ressource de production7.
« Une forêt trop propre est souvent une forêt appauvrie »
Bertrand D., bénévole à l’antenne Rance-Émeraude de Bretagne Vivante, consacre une grande partie de son temps à la réserve des Grandes Landes de Trébédan, où il suit notamment les papillons de nuit.
« Une grande partie de la biodiversité forestière reste invisible. Elle se révèle souvent à la tombée de la nuit. Quand on installe un drap blanc et une lampe au cœur d’un milieu boisé, on découvre un monde fascinant. En quelques heures, des dizaines d’espèces de papillons nocturnes peuvent apparaître, parfois sans qu’on soupçonne leur présence.
Ce qui menace le plus la biodiversité, ce n’est pas seulement la disparition des forêts, c’est aussi leur simplification.
Une forêt trop propre, trop uniforme, est souvent une forêt appauvrie.«

Sources et références
Sources principales
- Muséum national d’Histoire naturelle
- Office national des forêts
- Dupouey J.-L. Vallauri D. ; chercheurs en écologie forestière
- INRAE
- Publications naturalistes de Bretagne Vivante
- Centre National de la Propriété Forestière
- Ministère de l’agriculture
Notes de bas de page
- Muséum national d’Histoire naturelle ; inventaires de biodiversité forestière. ↩︎
- Vallauri D. (coord.), Le bois mort, une lacune des forêts gérées. ↩︎
- Office national des forêts ; synthèses sur biodiversité forestière. ↩︎
- Dupouey J.-L. ; travaux sur les forêts anciennes. ↩︎
- https://antenne-rance-emeraude.bretagne-vivante.org/wp-content/uploads/2026/06/indice-de-biodiversite-potentielle.pdf ↩︎
- UICN France ; rapports sur biodiversité forestière et pressions. ↩︎
- https://antenne-rance-emeraude.bretagne-vivante.org/wp-content/uploads/2026/06/2019-11-29-programmevf3.pdf ↩︎