Alors que la France affiche des objectifs ambitieux pour enrayer l’effondrement de la biodiversité, le décalage entre les discours et les actes devient de plus en plus préoccupant. Bretagne Vivante, signataire d’un texte commun avec plusieurs associations, appelle à un sursaut politique pour faire des aires protégées un véritable outil de protection du vivant.
Une stratégie ambitieuse… sur le papier
La France s’est dotée d’une Stratégie nationale des aires protégées (SNAP), un outil censé répondre à l’urgence de l’effondrement de la biodiversité. Cette stratégie fixe notamment un objectif phare : protéger 30 % du territoire national, dont 10 % en protection forte. Sur le papier, l’ambition est là. Mais derrière les annonces, la réalité reste encore largement insuffisante.
Aujourd’hui, environ un tiers du territoire français est classé en aire protégée sous des statuts très variés (parcs naturels, réserves, sites Natura 2000…). Pourtant, les espaces bénéficiant d’une véritable protection forte – c’est-à-dire avec des règles strictes limitant réellement les pressions humaines – ne couvrent qu’une part bien plus réduite, encore inégalement répartie et souvent concentrée dans certains territoires, notamment ultramarins. En métropole, et en particulier dans des régions comme la Bretagne, les lacunes restent importantes.
Des contradictions qui fragilisent la crédibilité
Dans ce contexte, le projet de second plan d’action de la SNAP suscite de fortes inquiétudes. Comme le souligne l’avis du Comité national de la biodiversité, soutenu par de nombreuses associations dont Bretagne Vivante, il existe un décalage préoccupant entre les objectifs affichés et les politiques réellement menées. Baisse des moyens publics, reculs législatifs, pressions persistantes liées à l’agriculture intensive, à l’artificialisation ou aux pollutions : autant de signaux contradictoires qui fragilisent la crédibilité de la stratégie.
Le texte que Bretagne Vivante a signé est sans ambiguïté : sans un engagement politique fort, cohérent et durable, les objectifs de la SNAP resteront lettre morte. Pire, la notion même de « protection forte » risque d’être vidée de sa substance, servant à afficher des chiffres sans garantir une réelle amélioration de l’état de la biodiversité .
Passer des intentions aux actes
Face à l’érosion accélérée du vivant, Bretagne Vivante refuse de se contenter d’une protection de façade. Il est indispensable de renforcer réellement le réseau d’aires protégées, de cibler en priorité les zones les plus menacées, et surtout de réduire concrètement les pressions qui s’exercent sur les milieux naturels. Cela suppose des moyens financiers à la hauteur, mais aussi une volonté politique claire, capable de résister aux intérêts qui freinent les avancées.
Enfin, la réussite de cette stratégie passe aussi par une gouvernance plus ouverte et plus juste. Les associations, qui agissent depuis des décennies sur le terrain, doivent être pleinement associées aux décisions et reconnues pour leur rôle essentiel.
Plus que jamais, l’heure n’est plus aux déclarations d’intention. Il s’agit de choisir : continuer à afficher des ambitions sans lendemain, ou se donner enfin les moyens de préserver réellement la biodiversité. Bretagne Vivante a fait ce choix et continuera à se mobiliser pour que les aires protégées soient autre chose qu’un simple affichage.
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Image d’en-tête © CEN Savoie