
Longtemps perçus comme un simple support de production, les sols bretons sont aujourd’hui affectés par des pollutions diffuses issues des pratiques agricoles. Excès d’azote, accumulation de phosphore, résidus de pesticides : ces altérations invisibles ont désormais des effets bien visibles, sur l’eau, la biodiversité et la fertilité des terres.
Une accumulation progressive de polluants
Contrairement à des pollutions ponctuelles, les pollutions agricoles s’installent progressivement. Les apports d’azote, de phosphore et de produits phytosanitaires s’accumulent dans les sols au fil des années. Cette accumulation modifie leur composition chimique et perturbe leur fonctionnement naturel.
| Azote (nitrates) | Phosphore | Biocides |
|---|---|---|
| Issu des effluents d’élevage et des engrais. Effets : lessivage vers les nappes, eutrophisation | Issu des effluents d’élevage et des engrais. Effets : s’accumule fortement dans les sols, relargage vers les cours d’eau | Herbicides, fongicides, insecticides. Effets : contamination diffuse des sols, impact sur la microfaune |
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Le cas particulier du Cadmium
Souvent ignoré, le cadmium est un métal lourd présent à l’état de trace dans certains engrais phosphatés utilisés en agriculture.
Particularités :
- s’accumule progressivement dans les sols
- très peu mobile , d’où une persistance à long terme
- peut être absorbé par certaines cultures (céréales, légumes)
Effets potentiels :
- toxicité pour la faune du sol (micro-organismes, vers de terre)
- contamination possible de la chaîne alimentaire
- risque sanitaire en cas d’exposition chronique1
En Bretagne, où les apports phosphatés ont été historiquement élevés, la question du cadmium est aujourd’hui un enjeu émergent, encore peu visible mais surveillé par les organismes scientifiques.
« Un sol sans vie est un sol en danger »
Hugo Clément, journaliste (France Télévisions)
Observer un sol, c’est parfois constater l’absence.
« L’absence de vers de terre est un signal d’alerte. Cela signifie que le sol est dégradé. »
Ce constat, simple en apparence, révèle une réalité inquiétante : une partie des sols agricoles a perdu une grande partie de sa biodiversité.
Des sols saturés dans certaines zones
Dans les bassins d’élevage intensif, on constate :
- excès d’azote chronique
- phosphore accumulé
- déséquilibre chimique des sols
On parle parfois de “saturation agronomique” 2!…
Les conséquences de ces pollutions dépassent largement le sol lui-même. Les excès de nutriments sont entraînés vers les cours d’eau, contribuant à leur dégradation. Sur le littoral breton, ces phénomènes se traduisent notamment par la prolifération d’algues vertes, symptôme d’un déséquilibre profond.
Des impacts visibles sur les milieux
1. Qualité de l’eau dégradée
- nitrates dans les nappes
- prolifération d’algues vertes
Phénomène bien connu sur les côtes bretonnes3.
2. Eutrophisation
L’eutrophisation est un phénomène d’enrichissement excessif des milieux aquatiques en nutriments, principalement en azote et en phosphore.
Conséquences :
- asphyxie des milieux aquatiques
- mortalité de la faune
3. Turbidité des cours d’eau
La turbidité des cours d’eau en Bretagne est un enjeu réel, souvent moins médiatisé que les nitrates mais tout aussi révélateur de l’état des sols. Elle est liée :
- à l’érosion des sols
- au transport de particules fines… lors de fortes pluies par exemple
Une biodiversité des sols en déclin
Les organismes du sol sont particulièrement sensibles aux perturbations chimiques. L’usage de certains pesticides, associé à des pratiques intensives, peut réduire la diversité et l’abondance de la faune du sol. Les pollutions et pratiques agricoles intensives entraînent :
- baisse des vers de terre
- diminution de la diversité microbienne
- perturbation des chaînes alimentaires
Or, cette biodiversité est indispensable au bon fonctionnement des sols. Sa diminution affecte directement leur fertilité. Le sol devient moins fonctionnel et sa fertilité en remise en question. En effet, un sol pollué ou déséquilibré :
- retient moins bien l’eau
- devient plus dépendant des intrants
- perd sa capacité à nourrir durablement les cultures
En conséquences, on observe :
- stagnation voire baisse des rendements dans certains contextes
- sensibilité accrue aux sécheresses
Vers une prise de conscience
Malgré ces constats, des évolutions positives apparaissent. Les enjeux liés à la qualité de l’eau, à la biodiversité et au climat conduisent à repenser les pratiques agricoles. Des initiatives émergent pour limiter les pollutions et restaurer les sols, ouvrant la voie à des systèmes plus équilibrés :
- développement de l’agroécologie
- retour des haies
- réduction des intrants
Objectif : restaurer les fonctions naturelles des sols4.
« Ne pas baisser les bras »
Jean-Marie et Louison Levrard, agriculteurs bio en Ille et Vilaine
« Il faut continuer à croire en l’agriculture biologique même si l’ambiance est morose. »
La tension est forte ici, en Bretagne, où l’agriculture productiviste calibrée pour produire de la nourriture pour 22 millions de personnes a longtemps bridé l’avènement du bio. Pourtant en 2025, on recense 4 207 fermes bio (15 % des exploitations agricoles régionales, +1,9 % en un an), ce qui place la Bretagne au 6ᵉ rang français. 165 807 ha en bio (10,3 % de la SAU régionale), dont 10 570 ha en conversion.
Sources et références
- INRAE – Pollutions diffuses agricoles
- Agence de l’Eau Loire-Bretagne – Nitrates et phosphore en Bretagne
- IFREMER – Algues vertes en Bretagne
- ADEME – Impacts des pesticides sur les sols
- ANSES – Cadmium dans les sols et les denrées alimentaires
Article rédigé par Yannick Meneux, avril 2026
- https://www.anses.fr/fr/content/cadmium-reduire-exposition ↩︎
- On appelle saturation agronomique le moment où l’on a tellement fertilisé les sols qu’ils cessent de fonctionner normalement. Autrement dit, quand nourrir la terre finit par la dégrader et qu’on transforme un sol vivant en réservoir de pollution. ↩︎
- https://www.eau-et-rivieres.org/nitrates-etat-des-lieux ↩︎
- https://ofb.gouv.fr/promouvoir-agroecologie ↩︎


