Dimanche 20 septembre, les Grandes Landes de Trébédan ont accueilli une quarantaine de promeneur.euses pour une balade contée pas tout à fait comme les autres. Pendant deux heures, cinq conteurs et conteuses ont emmené petits et grands à travers la lande, entre génies, loups, arbres enchantés, poules, coq… et découvertes naturalistes. Une promenade sous un ciel maussade, mais heureusement sans pluie, qui a aussi permis de mesurer combien la sécheresse exceptionnelle de 2026 marque désormais profondément le paysage.
Cinq voix pour faire parler la lande
Il fallait cinq conteurs et conteuses pour donner vie à cette balade… et cinq histoires pour ponctuer le chemin.
Cinq pauses ont ainsi permis au groupe de s’arrêter, de se poser et d’écouter avec attention les « contou.es » ». Pendant quelques minutes, le chemin disparaissait derrière les histoires et l’imaginaire prenait le relais.
On a d’abord rencontré Noroît, un génie dont les aventures ont ouvert cette promenade un peu magique.
Puis ce fut l’histoire d’un paysan et de la vache Cassiopée, avant de faire connaissance avec trois volatiles – deux poules et un coq – confrontés au loup. Une histoire mimée… et en galo, s’il vous plaît ! De quoi donner une saveur toute particulière au récit et rappeler que les paysages ont aussi une langue, une mémoire et une culture.
Plus loin, un arbre enchanté qui chante a pris le relais.
Et pour terminer, il fut question d’un loup devenu chien grâce à une petite fille.
Des histoires très différentes, mais un même plaisir : celui de s’arrêter, d’écouter et de laisser travailler son imagination.





Une lande à traverser… et à regarder
Car pendant que les histoires nous emmenaient ailleurs, les Grandes Landes, elles, étaient bien présentes sous nos pieds.
La balade a permis de traverser différents secteurs de la réserve et d’approcher plusieurs des milieux qui font sa richesse.
Première étape : les mares. Enfin… ce qu’il en reste en cette fin d’été. Car le constat est saisissant : la lande est asséchée comme jamais. Les mares étaient presque à sec. Et même lorsqu’il restait encore un peu d’eau, les signes de la sécheresse étaient partout visibles.
Pourtant, la vie résiste. Nous avons notamment pu observer la Grassette du Portugal, petite plante carnivore étonnante, ainsi que de la sphaigne, dont la couleur très pâle, presque blanche, témoignait elle aussi du manque d’eau.
Cette sécheresse exceptionnelle de 2026 rappelle brutalement que le changement climatique ne se résume pas à une hausse des températures affichée sur un thermomètre. Il transforme concrètement les milieux que nous connaissons.
Aux Grandes Landes, l’eau est essentielle au maintien des habitats humides et de leur biodiversité. Que se passera-t-il si les périodes sèches deviennent plus longues et plus fréquentes ? Une question qui devient, année après année, de plus en plus concrète, et la réserve constitue un lieu privilégié pour observer ces évolutions dans la durée.
Dans les landes atlantiques humides
En poursuivant notre chemin, nous avons retrouvé l’un des paysages emblématiques des Grandes Landes : les landes atlantiques humides, avec leur cortège floristique caractéristique.
Ajonc nain, bruyères, callune, molinie… autant de plantes qui composent cette végétation particulière et qui témoignent des conditions écologiques propres à ces milieux.
Mais là encore, le paysage de cette année porte les traces du déficit hydrique ; la molinie, trop sèche pour la saison, a abandonné son habituel vert bleuté pour prendre prématurément sa teinte hivernale. Un signe parmi d’autres du stress hydrique que subit actuellement la lande.
Une halte dans la boulaie
La balade nous a également conduits dans la boulaie, ce peuplement de bouleaux qui constitue un autre visage des Grandes Landes.
Après les espaces ouverts de la lande, le changement d’ambiance est immédiat. La végétation se referme, la lumière change et le paysage raconte une autre histoire de la réserve : celle de la dynamique naturelle de la végétation et de la place des ligneux dans l’évolution des landes.
Et quelques rencontres surprises…
Une balade dans les Grandes Landes réserve toujours quelques surprises.
Au détour du chemin, les participant·es ont ainsi pu découvrir une mante religieuse, impressionnante par sa silhouette et son attitude, ainsi qu’un Brun des pélargoniums, petit papillon discret qui n’a pas échappé à l’œil averti d’une des promeneuses.
Et puis il y eut une rencontre un peu particulière : non pas avec une couleuvre, mais avec sa mue ! Une mue de Couleuvre helvétique a ainsi été trouvée sur le parcours, témoignage discret de la présence de ce serpent dans la réserve.
Autant de petites découvertes qui montrent que la biodiversité ne se donne pas toujours immédiatement à voir. Il faut parfois ralentir, regarder attentivement… ou simplement être là au bon moment.



Deux heures entre réel et imaginaire
Pendant près de deux heures, une quarantaine de personnes – dont une quinzaine d’enfants – ont ainsi cheminé à travers les Grandes Landes.
Cinq histoires, cinq pauses, plusieurs milieux traversés, quelques belles observations naturalistes et beaucoup de curiosité partagée.
Et, comme il se doit dans une réserve naturelle, même notre compagnon à quatre pattes avait trouvé sa place… tenu en laisse !
Si le ciel était maussade, la pluie nous a épargnés. Et à en juger par les sourires et les échanges au terme de la balade, le plaisir était au rendez-vous.
Merci aux cinq conteurs et conteuses, aux participant.es, aux enfants – et à ce compagnon à quatre pattes – pour avoir partagé ces deux heures entre récit et découvertes naturalistes.
Les Grandes Landes ont encore beaucoup d’histoires à raconter. Certaines sont anciennes. D’autres sont en train de s’écrire sous nos yeux.

Image d’en-tête et texte de Yannick Meneux, conservateur des Grandes Landes de Trébédan et organisateur de la balade contée