Dossier Îles – volet 4

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Des cailloux, vraiment ?
Une étonnante
diversité écologique

Pourquoi les sternes choisissent-elles la Colombière, et les aigrettes les arbres du Chevret ? D’un îlot à l’autre, les conditions de vie changent : exposition aux embruns, sols, végétation, présence humaine, voisinage de l’estran. Reste à savoir ce qui décide de cette diversité : la roche, l’histoire, ou le regard de ceux qui l’ont observée.

Les volets 2 et 3 ont montré que ni la roche ni l’histoire ne suffisent à expliquer le sort des îles. Ce volet regarde ce qu’elles abritent aujourd’hui : milieux, espèces, protections. Il pose une question de plus : la valeur écologique que nous observons est-elle une propriété des îles, ou le reflet de celles que l’on a le mieux étudiées ? Sur les vingt-cinq îles de l’inventaire, neuf n’ont aucune donnée naturaliste dans les sources consultées…

Cinq situations écologiques en un coup d’œil

Sur quelques kilomètres de côte, on peut caractériser cinq situations très différentes.

SituationÎles concernéesVégétationCe qu'on y observeCe qui façonne le milieu
Rochers du largeColombière, Landes, Herpin, Cézembre, VerdeletPelouses rases, roches à lichens, végétation de fissuresSternes, cormorans huppés, goélands, huitriers pies, alcidésHoule, embruns, vent ; peu de prédateurs terrestres et de dérangement
Estuaire boiséChevret (Rance)Fourrés denses, arbustifs et résineuxAigrette garzette, héron garde-bœufs, cormorans en reposoirAbri de l'estuaire, végétation dense
Estuaire ouvertNotre-Dame (Rance)Pelouses littorales, fourrés d'ajonc et de prunellier, frichesSternes, dont la pierregarinIncendie au début des années 1980, puis débroussaillage et fauche
Dunes et tombolosPerron, BesnardDunes, oyats plantés lors des restaurationsChauves-souris dans une cavité marine (Besnard)Piétinement, puis restauration
Estran associéVerdelet, Saint-Michel, estuaire de la RanceHerbiers, vasières, banc de maërlLimicoles hivernants (Verdelet)Marées, extraction de maërl (Saint-Michel)

Note : les sections suivantes détaillent quelques situations. Pour quatorze des vingt-cinq îles seulement, les sources consultées décrivent au moins un milieu ou une espèce ; pour les onze autres, on ne trouve au mieux qu’une protection.

Rochers du large : des refuges pour les oiseaux marins

Escarpés, exposés à la houle et aux vents, les rochers du large offrent aux oiseaux marins des sites de reproduction relativement protégés des prédateurs terrestres et du dérangement. Chaque île y joue pourtant une partition différente.

ÎleMilieuOiseaux documentésStatut
ColombièreRoche et pelouseTrois sternes nicheuses : pierregarin, caugek et de Dougall (deuxième site français pour cette dernière, seul de Bretagne nord)Arrêté de protection de biotope, ZPS, ZICO, espace naturel sensible
LandesRoches à lichens, pelouses maritimes ; 8,1 ha avec le HerpinCormorans huppés, goélands, huitriers piesZSC et ZPS, ZNIEFF, réserve de chasse maritime ; débarquement interdit
HerpinRoche et pelouse, fiche commune avec les LandesIdem (données attribuées par la fiche commune)Idem
Cézembre11,5 ha, ancienne forteressePingouin torda (depuis 1987), guillemot de Troïl (depuis 1992), goélands, cormoran huppé, faucon pèlerin nicheur (première nidification en 2019)ZNIEFF de type 1 ; sentier amené en 2018
Grand ChevretRoche, végétation de pulvérisationEnviron 100 grands cormorans, faucon pèlerin nicheurZSC, ZNIEFF de type 1 ; débarquement interdit
VerdeletCône granitique d'environ 30 m, plateau d'un hectareOiseaux nicheurs ; abords fréquentés par des hivernantsRéserve ornithologique (1973)
HachesNon décritOiseaux marins mentionnés au titre de la ZPS, sans donnée propre à l'îlotZPS
RimainsNon décrit ; ancien fort maritime du XVIIIe siècleFaucon pèlerin nicheur (communication d’un ornithologue de la région)Aucun statut connu

Une végétation à l’épreuve du sel et du vent

Sur ces terres exposées, les plantes composent avec les embruns, le vent, la sécheresse estivale et des sols peu profonds. À proximité des colonies, les déjections enrichissent le sol en azote et favorisent une végétation dite ornithophile, formée d’espèces qui apprécient ces milieux riches.1

ÎleFormations végétales documentéesParticularité
Notre-DamePelouses littorales, maceron et mauve en arbre, fourrés d'ajonc et de prunellier, friches73 espèces végétales sur 1 700 m², en amont du barrage de la Rance ; milieu entretenu par fauche et débroussaillage
LandesPelouses maritimes, plantes des fissures, végétation influencée par les coloniesRépartition selon l'exposition aux vents et aux embruns
Chevret (Rance)Fourrés denses, arbustifs et résineuxColonie d'aigrettes garzettes installée dans cette végétation
Îlet de la RichardaisÎlot rocheux végétalisé d'environ 60 m sur 12 mInaccessible ; arrêté de protection de biotope proposé en 2023
VerdeletPrairie et brousse sur un plateau d'un hectareAncien pré de fauche et de pâturage (volet 3)
Besnard, PerronDunes sur tombolo, oyatsDunes dégradées, puis restaurées

Dans l’estuaire, trois îlots, trois fonctionnements

Dans la Rance, l’exposition marine est parfois moins forte et certains îlots portent une végétation arbustive. Le Chevret2 et Notre-Dame, à quelques encablures l’un de l’autre, en donnent deux versions opposées ; l’îlet de la Richardais en ajoute une troisième.

ChevretNotre-DameRichardais
Surface1,3 ha1 700 m²Environ 60 m sur 12 m
VégétationDense, arbustive et résineuseOuverte : pelouses, fourrés bas, frichesÎlot rocheux végétalisé, séparé du chenal par une vasière
Oiseaux dominantsAigrette garzette (depuis plusieurs décennies), héron garde-bœufs et héron cendré ; cormorans en reposoirSternes, dont la pierregarin en reposoir (plus de traces de nidification depuis plusieurs années)Sterne pierregarin (colonie depuis 2020, 10 à 20 couples) ; reposoir d'automne et d'hiver (héron cendré, tadorne de Belon, courlis, bécasseaux)
Chauves-sourisPetits et grands rhinolophes en hibernationNon documentéNon documenté
GestionPas de débarquement ; maison abandonnée aménagée pour les chauves-sourisFauche et débroussaillage pour garder le milieu ouvert ; débarquement interditAccès et débarquement interdits ; arrêté préfectoral signé le 21 mars 2024 ; suivi de l'avifaune par Bretagne Vivante
PropriétaireDépartement d'Ille-et-VilaineDépartement d'Ille-et-VilaineDomaine public maritime français

Des îlots qui ne se comprennent pas sans la mer

À marée basse, les estrans rocheux et vaseux deviennent des zones d’alimentation ; à marée haute, certains îlots servent de reposoirs. L’intérêt écologique d’une île dépasse alors sa surface émergée.3

Île ou secteurMilieu marin associéCe que les sources en disent
VerdeletAbords et estranRôle pour les oiseaux hivernants et les limicoles, qui s'y nourrissent ou s'y reposent
Saint-MichelBanc de maërl au pied de l'îlotBanc dégradé par l'extraction de maërl ; îlot compris dans le site Natura 2000 du cap d'Erquy et du cap Fréhel
BesnardCavité marine, dunes du tomboloGîte d'hivernage de chauves-souris ; ZSC « Côte de Cancale à Paramé »
Estuaire de la RanceVasières, herbiers de zostères, prés salés, rochers, eaux peu profondesMilieux interdépendants, à considérer avec les îlots

Une nature façonnée par l’histoire

Les milieux d’aujourd’hui ne sont pas tous le fruit d’une évolution naturelle. Deux îles montrent comment un incendie, une guerre, puis une protection ont successivement façonné la vie qu’on y observe.4

DateÎleÉvénementEffet sur le milieu
2024RichardaisArrêté préfectoral de protection de biotope signéArrêté préfectoral de protection de biotope signé
Accès et débarquement interdits toute l'année, zone tampon de 50 m, survol interdit sur 300 m
2020RichardaisInstallation d'une colonie de sternes pierregarinsL'îlot devient un site de reproduction (10 à 20 couples) et, hors saison, un reposoir pour hérons et limicoles
2018CézembreSentier sécurisé aménagéVisite possible sur un tracé balisé, le reste de l'île restant fermé
1995-2006Notre-DameColonie de sternes de plusieurs espèces, qualifiée de « site historique »Les gestionnaires entretiennent un milieu ouvert pour la maintenir
2001Notre-DameAcquisition par le Département d'Ille-et-VilaineGestion publique de l'îlot
1992CézembreInstallation du guillemot de TroïlSeconde espèce d'alcidé à coloniser l'île
1989Notre-DameRéserve créée par Bretagne Vivante ; débarquement interditFin du dérangement par les visiteurs
1987CézembreInstallation du pingouin tordaPremière recolonisation d'un alcidé
1950-1980CézembreRestaurant sur l'îleFréquentation humaine
Début des années 1980Notre-DameIncendie d'une grande partie de la végétationVégétation basse, favorable à la sterne pierregarin ; puis densification de la végétation
1944-1945CézembreBombardements de l'ancienne forteresseRelief encore marqué de cicatrices
XVIIIe siècleNotre-DameErmites installés sur l'îlePremières traces d'usage humain (volet 3)

Des connaissances très inégales selon les îles

Sur les 25 îles étudiées, seules 13 disposent d’informations sur leurs milieux ou leurs espèces. Pour les autres, les données sont très limitées, voire inexistantes : neuf îles ne présentent aucune donnée naturaliste dans les sources consultées.

Cette disparité ne traduit pas nécessairement des différences d’intérêt écologique. Les sites de reproduction, les réserves et les espaces faisant l’objet d’une gestion conservatoire bénéficient de suivis réguliers. D’autres îlots, davantage connus pour leur histoire ou leur patrimoine, restent peu explorés sous l’angle de la biodiversité.

La comparaison avec la géologie et l’histoire ne révèle donc pas de correspondance simple. Notre inventaire témoigne autant de la diversité des îles que des lacunes de notre connaissance. Ces dernières constituent autant de pistes pour de futurs inventaires naturalistes.

Mieux connaître pour mieux préserver

Les îles de la Côte d’Émeraude présentent une diversité écologique remarquable, mais inégalement documentée. Si certaines bénéficient de suivis naturalistes réguliers, d’autres restent largement méconnues. Ces lacunes ne permettent pas de préjuger de leur intérêt écologique et invitent à poursuivre les inventaires.

Connaître ces îles, c’est aussi se donner les moyens de mieux identifier les enjeux de conservation et les pressions auxquelles elles sont exposées.

Vingt-cinq îles, douze rubriques : qui a été regardé ?

Chaque case colorée correspond à une rubrique renseignée dans les sources consultées5. Les cases hachurées signalent ce que l’on ignore, pas ce qui n’existe pas.

Trier par
milieu documentéespèces ou flore documentéesprotection documentéenon documenté
Chaque ligne est une île ; chaque case colorée, une rubrique renseignée dans les sources consultées. Les cases hachurées signalent ce qu’on ne sait pas, pas ce qui n’existe pas. Cliquez sur une île pour voir ce qui est documenté.

L’indice de documentation compte, parmi douze rubriques (sept milieux et cinq groupes d’espèces), celles qu’une source consultée mentionne pour l’île, sans tenir compte de l’ampleur de la donnée. Les protections, à droite, n’y entrent pas. Il mesure ce que l’on sait des îles, non leur richesse réelle. Les points colorés – à gauche du nom des îles – indiquent les types d’îles définis dans le volet 1 de ce dossier.


Sources et références

  • Bretagne Vivante, fiches Colombière, Notre-Dame, Chevret en Rance, Grand Chevret, île des Landes et rocher du Herpin.
  • Bretagne Vivante (6 septembre 2026), « La Colombière : une belle saison qui s’achève… », antenne Rance-Émeraude de Bretagne Vivante : La Colombière : une belle saison qui s’achève…
  • Bretagne Vivante, antenne Rance-Émeraude, « Suivis des sternes, île de la Colombière : bilan août 2026 », bilan mensuel n° 5, rédigé le 31 août 2026.
  • Bretagne Vivante, fiche 35CZB « Île Cézembre » (alcidés, sentier de 2018).
  • DREAL Bretagne, fiche Natura 2000 « Cap d’Erquy–Cap Fréhel » (banc de maërl de Saint-Michel).
  • Arrêté du 30 juillet 2004 portant désignation du site Natura 2000 « Îles de la Colombière, de la Nellière et des Haches » (ZPS FR 5310052).
  • Note de consultation publique sur le projet d’arrêté de protection de biotope de la Richardais (2023) ; avis du CSRPN.
  • Le Guide du Routard, « Îlot Chevret ».

Notes de bas de page

  1. Même sur quelques hectares, le relief, l’exposition et l’enrichissement du sol créent une mosaïque de milieux. ↩︎
  2. Le Chevret est dominé par les formations arbustives et les oiseaux coloniaux arboricoles, Notre-Dame par un milieu ouvert et des sternes. La Richardais, îlot rocheux accueillant des sternes pierregarins depuis 2020, est suivi par Bretagne Vivante ; son arrêté de protection, proposé en 2023, n’est pas confirmé comme signé dans les sources consultées. Ni la taille ni l’éloignement du continent ne suffisent à l’expliquer : leur histoire, leur végétation et les interventions humaines comptent aussi. ↩︎
  3. Protéger un îlot sans son estran revient à protéger une partie seulement du milieu. ↩︎
  4. Ailleurs, c’est l’abandon d’un usage ancien qui change le paysage : la fin du pâturage ou de l’entretien favorise les fourrés, que la gestion conservatoire tente parfois de contenir pour garder des milieux ouverts devenus rares. ↩︎
  5. Le faucon pèlerin est compté avec les « Oiseaux marins », faute de rubrique « Rapaces ». ↩︎