connaître pour
mieux protéger
À la Colombière, malgré le statut de protection de l’îlot et les actions de sensibilisation, Bretagne Vivante a relevé 36 infractions1 au périmètre de protection au cours de la saison 2026. Un chiffre qui rappelle combien il est difficile de préserver la tranquillité des colonies de sternes, notamment lorsque les œufs et les poussins sont particulièrement vulnérables.
Et la Colombière n’est pas un cas isolé. Sur la côte d’Émeraude, certains îlots attirent chaque année de nombreux visiteurs : promenade, baignade, pêche à pied, navigation de plaisance… Ces usages font partie intégrante de la vie du littoral. Mais comment concilier le plaisir légitime de découvrir ces petits territoires et la nécessité de préserver les milieux naturels qui les rendent si précieux ?
Une fréquentation parfois difficile à concilier avec la vie sauvage
Les pressions qui s’exercent sur les îles et les îlots sont de nature très diverse : fréquentation humaine, prédation, dégradation des habitats, évolution de la végétation ou héritage des activités passées. Le tableau ci-dessous recense celles qui sont mentionnées dans les sources consultées, en distinguant les pressions effectivement documentées de celles qui sont simplement signalées ou que les mesures de gestion laissent supposer. Un premier constat s’impose : les effets écologiques de ces pressions restent rarement quantifiés..
Vingt-cinq île, ce que l’on sait d’elles
Un point par île : plus il est gros, mieux l’île est documentée. La couleur donne son type.
Carte schématique : les positions des îles sont approximatives. L’indice de documentation (voir le volet 4) mesure ce que l’on sait des îles, non leur richesse réelle ; les points en pointillés sont les îles sans donnée naturaliste. Cliquez sur un type pour le mettre en avant, survolez un point pour le détail.>
Panorama des pressions identifiées sur les îles et îlots de la côte d’Émeraude
| Pression | Îles concernées | Ce que disent les sources |
|---|---|---|
| Prédation | Colombière | Rat surmulot, faucon pèlerin, goéland argenté, renard roux ; contrôle de la prédation et gardiennage en place |
| Dérangement humain | Colombière, Richardais, Grand Chevret, Verdelet | Estran et mer fréquentés (touristes, pêcheurs à pied, plaisanciers, kayakistes) ; accès interdit une partie de l'année ou toute l'année (arrêté signé en 2024 pour la Richardais) |
| Fréquentation du public | Cézembre | Sentier de 800 m, boucle déminée et canalisée, rouvert le 5 avril 2025 ; ni poubelles, ni toilettes, ni eau potable |
| Piétinement des dunes | Besnard, Perron | Camping sur le tombolo (Besnard) ; dunes dégradées avant 1987 puis restaurées : oyats, clôtures (Perron) |
| Fermeture du milieu | Notre-Dame, Chevret (Rance) | Fauche et brûlage contrôlé pour garder un habitat favorable (Notre-Dame) ; végétation très dense, avec résineux (Chevret) |
| Déclin sans cause nommée | Notre-Dame, Landes, Grand Chevret | Colonie de sternes (1995-2006) quasi disparue ; grand cormoran qui n'y niche plus (Landes) ; végétation de falaise en fort déclin (Grand Chevret) |
| Extraction | Saint-Michel | Banc de maërl au pied de l'îlot, dégradé par l'extraction ; suivi et restauration prévus |
| Héritage de guerre | Cézembre | Forteresse, bombardements de 1944-45, munitions de la Seconde Guerre mondiale encore présentes |
| Aucune pression documentée | Les douze îles à indice de documentation zéro | Aucune source naturaliste disponible |
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Selon le type d’île, ce n’est pas la même pression
Les pressions décrites suivent les types d’îles2 plus que la roche : une île bâtie se lit par ses héritages, un refuge par ses oiseaux, une dune par ses visiteurs.
| Types d'îles | Îles | Pression décrite par les sources | Ce qui manque |
|---|---|---|---|
| Refuges ouverts (7) | Notre-Dame, Colombière, Landes, Herpin, Verdelet, Richardais, Grand Chevret | Prédation, dérangement, déclin de colonies ou de végétation | Les causes des déclins |
| Refuge arbustif (1) | Chevret (Rance) | Végétation très dense, avec résineux | L'effet sur les hérons et les chauves-souris |
| Îles fréquentées (4) | Grand Bé, Saint-Michel, Perron, Besnard | Dunes piétinées (Perron, Besnard), maërl dégradé (Saint-Michel) | La fréquentation réelle ; rien pour le Grand Bé |
| Îles bâties (5) | Cézembre, Harbour, Petit Bé, Guesclin, Rimains | Dommages de guerre et munitions (Cézembre), fréquentation encadrée (Cézembre) | Tout pour les quatre autres |
| Îles peu documentées (8) | Agot, Bénétin, Bizeux, Châtelets, Harteau, Haumet, Haches, Petit Chevret | Aucune | Tout |
Note : les chiffres entre parenthèses indiquent le nombre d’îles de ce type (cf. le volet 1).
Le paradoxe : on ne connaît les menaces que là où l’on regarde
Les îles qui bénéficient d’un statut de protection, d’une maîtrise foncière ou d’un suivi naturaliste sont aussi celles pour lesquelles on dispose généralement des informations les plus précises sur les oiseaux et les habitats. Leurs pressions sont davantage décrites parce qu’elles sont observées et documentées.
Il existe donc un biais important dans notre connaissance des menaces : une pression décrite est d’abord le signe d’un suivi, pas nécessairement la preuve qu’une île est plus menacée qu’une autre. À l’inverse, l’absence de données ne saurait être interprétée comme un bon état écologique.
Ce constat invite à ne pas limiter les efforts de connaissance et de protection aux sites déjà bien connus. Les îlots moins étudiés mériteraient eux aussi des observations naturalistes, même simples et ponctuelles, afin de mieux identifier leurs habitats, leurs espèces et les éventuelles pressions auxquelles ils sont soumis.
Conclusion : la roche, l’histoire, le regard
Au fil de ce dossier consacré à 25 îles et îlots de la côte d’Émeraude, une question revenait en filigrane : qu’est-ce qui détermine la valeur écologique d’une île et, finalement, son devenir ?
La géologie fixe le décor : granite, schistes ou grès, île de ria ou île de marée, accès à pied sec ou non. Mais elle n’explique pas à elle seule la richesse écologique connue ni le niveau de protection. L’histoire joue également un rôle déterminant : elle a façonné les usages, les propriétés et les statuts. Certains anciens sites militaires sont devenus des réserves naturelles, tandis que d’autres îles, pourtant bâties et fréquentées, restent essentiellement considérées sous l’angle de leur patrimoine.
Reste le regard que nous portons sur ces territoires. C’est lui qui transforme une île en paysage d’abord puis objet de connaissance et, éventuellement, en enjeu de protection3. Sans observation, pas de données ; sans données, difficile de mesurer les évolutions, d’identifier les menaces et de définir des mesures de gestion adaptées.
Neuf îles réglementées, huit ni connues ni protégées
- Cézembre
- Grand Chevret
- Richardais
- Chevret (Rance)
- Notre-Dame
- Colombière
- Landes
- Herpin
- Verdelet
- Besnard
- Saint-Michel
- Perron
- Haches
- Rimains
- Harbour
- Agot
- Grand Bé
- Bénétin
- Bizeux
- Châtelets
- Guesclin
- Harteau
- Haumet
- Petit Bé
- Petit Chevret
Chaque pastille est une île. Plus le trait est plein, plus l’île est à la fois connue et encadrée ; les pointillés signalent les huit îles dont on ne sait rien et qui n’ont aucun statut (onze, si l’on compte les trois qui ne sont protégées que pour leur bâti).
Sources et références
- Bretagne Vivante : île de Cézembre
- Département d’Ille-et-Vilaine : réouverture du sentier de Cézembre, 8 avril 2025
- Bretagne Vivante : île de la Colombière
- Bretagne Vivante : îlot Notre-Dame
Notes de bas de page
- La Colombière : une saison 2026 remarquable pour les sternes ↩︎
- Lire une île en trois regards ↩︎
- Cette distinction entre le territoire et le paysage que nous percevons rejoint la réflexion du philosophe Alain Roger : un paysage n’est pas seulement une réalité physique, il est aussi une construction culturelle, façonnée par notre regard et notre sensibilité.
Alain Roger, Court traité du paysage, Paris, Gallimard, 1997 (réédition Folio Essais, 2017). L’auteur développe notamment le concept d’« artialisation », qui désigne la transformation du pays en paysage par l’intervention de l’art et des modèles culturels. ↩︎