L’espace naturel « Yves Donguy » de Trébédan n’échappe pas à la règle, le grand bassin se vide au détriment des petites mares (voir l’image d’en-tête). Néanmoins la vie continue pour les grenouilles vertes et les insectes. Juillet et août sont des mois privilégiés pour observer les odonates. Si les anisoptères sont bien présents : Aschnidae1, Orthetrum2 et Sympetrum3, les demoiselles marquent le pas !
Les Epeires frelon sont magnifiques, elles habillent les roseaux de leurs toiles, si particulières à une certaine hauteur entre graminées et arbustes plutôt du côté ensoleillé du grand bassin. Début Août, j’ai compté une toile tous les cinquante centimètres, mais fin Août elles ont disparu.


Les papillons de jour parcourent la lande, les Azurés et les Piérides dont le Souci, les Myrtils et les Fadets. C’est surtout le mois des Orthoptères : sauterelles, criquets de diagnostic si difficile et un même un nouveau venu le grillon bordelais.
Les oiseaux se manifestent de nouveau, et mais restent cachés dans le feuillage abondant. Coucou et Tourterelles des bois sont déjà repartis.
Bientôt se sera l’automne avec la chute des feuilles et l’on espère la pluie à Trébédan comme ailleurs…
Texte et image d’en-tête : Jean-Christophe Dudicourt
Sécheresse : quelles conséquences pour les Grandes Landes ?
L’été dernier déjà, les Grandes Landes de Trébédan avaient durement souffert du manque d’eau. Dès le mois de juillet, les mares s’étaient vidées, les sols avaient durci et la molinie, d’un vert éclatant au printemps, avait jauni bien avant l’heure. Les droséras avaient résisté jusqu’à la mi-septembre, mais la grassette du Portugal était devenue presque invisible.
Un an plus tard, et après un nouvel été particulièrement chaud et sec, l’inquiétude grandit. Car aux Grandes Landes, l’eau n’est pas un élément parmi d’autres : elle est la condition même du fonctionnement de tout un écosystème.
Les conséquences d’un assèchement prolongé pourraient être importantes pour la faune qui dépend de ces milieux humides : batraciens, dont plusieurs espèces se reproduisent dans les mares, mais aussi odonates — libellules et demoiselles —, orthoptères et lépidoptères, dont certaines espèces sont étroitement liées aux landes et aux prairies humides. Lorsque les mares disparaissent et que les dépressions tourbeuses s’assèchent, c’est tout un réseau de relations entre espèces qui peut être fragilisé.
La flore n’est pas épargnée. Les Grandes Landes abritent une végétation particulièrement spécialisée, adaptée à des sols acides et durablement humides : rossolis (Drosera), grassette du Portugal (Pinguicula lusitanica), bruyère à quatre angles (Erica tetralix), bruyère ciliée (Erica ciliaris) ou encore certaines espèces de sphaignes. Pour ces plantes, parfois rares et patrimoniales, la disparition durable des conditions humides pourrait avoir des conséquences bien plus profondes qu’un simple dépérissement estival.
Bien sûr, une lande humide doit naturellement connaître des fluctuations de son niveau d’eau. Ce qui interroge aujourd’hui, c’est leur fréquence, leur durée et leur intensification. Un épisode exceptionnel peut être absorbé par le milieu ; la répétition d’étés très secs peut, en revanche, finir par modifier durablement son fonctionnement.
En tant que conservateur des Grandes Landes, c’est sans doute ce qui m’inquiète le plus : voir se répéter, année après année, des situations qui étaient autrefois exceptionnelles.
Préserver ces douze hectares de landes humides, de mares et de tourbières, ce n’est donc pas seulement protéger quelques espèces remarquables. C’est préserver un écosystème tout entier, dont dépend une biodiversité originale… et dont l’eau qui s’infiltre rejoint la Rosette puis l’Arguenon, contribuant à la qualité de l’eau de tout le bassin versant.
Yannick Meneux
- La famille des Aeshnidae fait partie des insectes anisoptères, dans l’ordre des odonates. Elle comprend principalement des libellules de taille moyenne, mais on y retrouve également des spécimens de très grande taille ↩︎
- Orthetrum est un genre dans la famille des Libellulidae appartenant au sous-ordre des Anisoptères dans l’ordre des Odonates. Il comprend soixante espèces. Le nom vernaculaire français est orthétrum ou orthètre ↩︎
- Sympetrum est un genre dans la famille des Libellulidae appartenant au sous-ordre des anisoptères dans l’ordre des odonates. Il comprend soixante-trois espèces ↩︎