La Ville de Saint-Malo s’apprête à reconduire, du 4 mai au 30 juin 2026, une campagne de stérilisation des œufs de goélands sur les toitures de la commune. L’antenne Rance-Émeraude de Bretagne Vivante a adressé ce jour un courrier officiel à M. Gilles Lurton, Maire de Saint-Malo, et aux membres du Conseil municipal, pour exprimer son opposition motivée à cette démarche et proposer des alternatives concrètes.

Pourquoi nous opposons-nous à cette campagne ?
Notre opposition repose sur trois piliers complémentaires : écologique, scientifique et juridique.
Sur le plan écologique
Les populations de Goéland argenté (Larus argentatus) et de Goéland brun (Larus fuscus) sont en déclin sévère depuis plus de trente ans, à l’échelle nationale comme bretonne. La présence de ces oiseaux sur les toits malouins n’est pas une « prolifération » : c’est le signe d’une espèce en difficulté qui se replie vers des milieux de substitution, faute de trouver des conditions favorables sur ses sites naturels de reproduction. Intervenir sur les nicheurs urbains sans s’attaquer aux causes profondes de ce repli revient à traiter le symptôme en ignorant la maladie.
Sur le plan scientifique
Les suivis réalisés par Bretagne Vivante et d’autres organismes montrent de manière convergente que la stérilisation des œufs est inefficace pour réduire le nombre de couples nicheurs en ville. Pire, elle produit un effet contre-productif documenté : les couples dérangés se déplacent vers de nouveaux secteurs de la commune jusqu’alors non colonisés, augmentant ainsi les conflits de voisinage à l’échelle de l’ensemble du territoire communal. Cette méthode est pratiquée par de nombreuses communes depuis les années 1990 avec des résultats constants : aucune réduction durable des effectifs, pour un coût financier élevé supporté par les contribuables.
Sur le plan juridique
Le Goéland argenté et le Goéland brun bénéficient d’une protection stricte au titre de l’article L. 411-1 du Code de l’environnement. Toute dérogation à cette protection — délivrée sous forme d’arrêté préfectoral par la DDTM — est soumise à des conditions cumulatives strictes : démonstration d’un risque avéré pour la santé ou la sécurité publique, mise en œuvre préalable de mesures alternatives et preuve de leur échec, maintien d’un état de conservation favorable des populations concernées, et production de bilans chiffrés avant et après intervention. Nous avons demandé formellement à la Ville de Saint-Malo de nous confirmer que chacune de ces conditions a été remplie avant l’obtention de l’autorisation préfectorale 2026.
Que proposons-nous à la place ?
Bretagne Vivante Rance-Émeraude n’entend pas se limiter à une posture d’opposition.
Nous avons soumis à la Mairie un ensemble de propositions fondées sur une gestion durable de la cohabitation entre les Malouins et les goélands :
- Amélioration de la gestion des déchets et sensibilisation des habitants et des professionnels de la restauration pour limiter l’accès aux ressources alimentaires anthropiques, première cause d’attractivité urbaine pour ces espèces
- Médiation et communication auprès du grand public pour valoriser le goéland comme espèce patrimoniale du littoral breton, plutôt que de l’ériger systématiquement en nuisance
- Définition concertée de zones différenciées : secteurs où la nidification est activement découragée par des aménagements architecturaux ciblés, et secteurs où elle est tolérée
- Intégration de prescriptions architecturales dans les documents d’urbanisme (PLUi, cahiers des charges de rénovation) pour prévenir l’installation sur les toitures les plus sensibles
- Recours à des mesures de dissuasion ciblées et réversibles uniquement là où un risque démontré pour la sécurité publique ne peut être traité autrement
Notre antenne reste entièrement disponible pour rencontrer les élus et les services municipaux, apporter son expertise de terrain et contribuer à l’élaboration d’une politique municipale de gestion des goélands qui soit à la fois légalement fondée, écologiquement cohérente et respectueuse du cadre de vie des habitantes et habitants de Saint-Malo.
Rédaction : Michel Arnould
Photo de couverture : © Pascale Arnould