Les bryophytes révèlent les trésors discrets des Grandes Landes de Trébédan

Elles passent souvent inaperçues aux yeux des promeneurs, et pourtant elles racontent beaucoup de l’état d’un milieu naturel. Mousses, hépatiques1 et sphaignes viennent de faire l’objet d’un premier inventaire approfondi aux Grandes Landes de Trébédan. Résultat : 60 espèces recensées, dont deux bryophytes remarquables, et de précieuses indications pour mieux préserver la mosaïque de landes humides, de boisements et de zones humides de la réserve.

Une biodiversité miniature à découvrir

Les bryophytes regroupent notamment les mousses et les hépatiques. Leur petite taille ne doit pas faire oublier leur importance : elles occupent une multitude de supports et de microhabitats, depuis le sol des landes jusqu’aux écorces, troncs pourrissants, souches, chablis ou talus forestiers.

Aux Grandes Landes, leur inventaire restait jusqu’ici relativement lacunaire2. Le travail réalisé en 2026 permet désormais de dresser une première photographie de cette bryoflore. Soixante espèces ont été identifiées : 50 mousses et 10 hépatiques. Les boisements concentrent à eux seuls 51 espèces, dont 34 qui n’ont pas été retrouvées dans les autres habitats. Les landes en abritent 25, tandis que les prairies humides et les mares présentent une bryoflore beaucoup plus pauvre.

Ces chiffres sont d’autant plus intéressants qu’ils ne constituent probablement qu’un début. Plusieurs espèces forestières potentiellement présentes n’ont pas été retrouvées lors des prospections : certaines affectionnent les écorces des arbres âgés, d’autres le bois mort ou les secteurs particulièrement humides. L’inventaire devra donc être considéré comme une base de connaissance appelée à s’enrichir.

La forêt, un véritable catalogue de microhabitats

La richesse des boisements n’est pas surprenante lorsque l’on observe de plus près ce qui s’y passe. Une écorce n’est pas simplement une écorce : son acidité, son humidité et sa richesse en nutriments déterminent les espèces capables de s’y installer. Un tronc mort, une vieille souche, un talus érodé ou une souche déracinée offrent eux aussi des conditions particulières.

L’inventaire a ainsi mis en évidence tout un cortège d’espèces épiphytes3 et forestières, parmi lesquelles plusieurs hépatiques, des mousses corticoles et des espèces liées au bois mort. Les chablis constituent également des microhabitats particulièrement intéressants : lorsqu’un arbre tombe, l’ouverture créée apporte brutalement lumière et chaleur au sol, permettant à certaines espèces pionnières de se développer.

Cette observation renforce une idée importante pour la gestion de la réserve : préserver la diversité des structures forestières, c’est aussi préserver la diversité des bryophytes. Laisser évoluer certains boisements, conserver les arbres morts, les troncs pourrissants, les souches et les chablis contribue ainsi directement au maintien de cette biodiversité discrète.

Des landes moins riches… mais plus précieuses

Calliergonella cuspidata, l’une des rares bryophytes typiques de prairie humide, ici dans sa
forme jaune à tige rouge – © V. Hamon

Avec 25 espèces recensées, les landes apparaissent moins riches que les boisements. Pourtant, leur intérêt patrimonial est majeur : plusieurs des espèces qui y vivent sont liées à ces milieux devenus rares.

C’est notamment le cas des sphaignes. Elles sont présentes dans l’ensemble des grands types d’habitats étudiés, avec une diversité maximale dans la lande humide, où cinq espèces ont été observées. L’hydrologie particulièrement favorable du site joue ici un rôle essentiel : la nappe souterraine reste proche de la surface, y compris dans des conditions hydrologiques différentes.

Mais les landes de Trébédan présentent aussi une fragilité particulière. Leur bryoflore semble par endroits appauvrie, notamment sous l’effet de Campylopus introflexus4, une mousse allochtone très compétitive présente dans tous les secteurs de lande prospectés. Le maintien de conditions humides paraît constituer l’un des leviers importants pour limiter son expansion.

ESPÈCE À LA UNE : Sphagnum compactum

Une petite sphaigne… mais une grande responsabilité de conservation

Sphagnum compactum est une sphaigne considérée comme assez rare (AR), caractéristique des landes oligotrophes naturellement rases à basses. Elle forme de petits coussinets compacts, souvent difficiles à distinguer d’autres sphaignes sans examen microscopique.

Aux Grandes Landes, sa situation est particulièrement fragile : une seule station connue, de moins d’un mètre carré, a été découverte dans un chemin piétiné. D’autres stations pourront peut-être être trouvées, mais son occupation actuelle reste extrêmement limitée.

La priorité est donc claire : préserver les conditions qui lui sont favorables – une lande humide, acide, oligotrophe, ouverte, bien éclairée et à végétation basse. Le maintien de l’humidité est d’autant plus important que les sphaignes sont sensibles au réchauffement et à l’assèchement.

La conservation de cette petite population illustre parfaitement l’intérêt d’une gestion fine et adaptative des Grandes Landes : ici, maintenir une lande ouverte et humide ne consiste pas seulement à préserver un paysage ou une végétation caractéristique, mais aussi des espèces minuscules dont la présence témoigne de la qualité écologique du milieu.

Un inventaire porté par Valentin Hamon

Cet inventaire est le fruit du travail de Valentin Hamon, étudiant en M1 du Master Gestion des Habitats et des Bassins Versants à L’Université de Rennes, qui a consacré une partie de son stage à l’étude des bryophytes des Grandes Landes de Trébédan.

Trois journées de prospection lui ont permis d’explorer les différents habitats de la réserve selon un échantillonnage stratifié. Chaque secteur a été parcouru à la recherche des différents microhabitats susceptibles d’abriter des bryophytes. Lorsqu’une espèce nouvelle ou difficile à déterminer était rencontrée, elle faisait l’objet d’un relevé et, lorsque nécessaire, d’un prélèvement destiné à l’identification.

Le travail ne s’est donc pas arrêté au terrain. De nombreux échantillons ont dû être examinés à la loupe binoculaire ou au microscope, parfois jusqu’à un grossissement de ×400. Certaines déterminations ont également nécessité des échanges avec d’autres bryologues.

Le travail de Valentin aura ainsi permis de faire progresser de manière significative la connaissance naturaliste des Grandes Landes, tout en ouvrant de nouvelles pistes de recherche pour les prochaines prospections.

Une nouvelle étape pour la connaissance de la réserve

Gamétophytes de Ptychostomum bornholmense (gauche), rhizoïdes et propagule (droite) – © V. Hamon

L’inventaire de Valentin Hamon5 confirme donc la richesse bryologique des Grandes Landes et montre combien celle-ci dépend de la diversité des habitats et de leurs microconditions. Il révèle aussi deux espèces remarquables : Sphagnum compactum, rare et très localisée, et Ptychostomum bornholmense, petite mousse des sols acides et pauvres dont la découverte à Trébédan constitue une première pour les Côtes-d’Armor.

Il reste désormais à poursuivre les recherches, notamment dans les boisements et les secteurs humides encore insuffisamment prospectés. Mais une chose est déjà certaine : aux Grandes Landes de Trébédan, la biodiversité ne se trouve pas seulement dans ce qui se voit de loin. Elle se découvre aussi, à quelques millimètres du sol, sur une écorce, un tronc mort ou dans un coussinet de sphaigne.

Les bryophytes de la réserve biologique des Grandes Landes de Trébédan


  1. Les Marchantiophytes ou Hépatiques, forment le taxon des embryophytes (plantes terrestres, ndlr) qui a conservé le plus de caractères « ancestraux ». Les Hépatiques comptent 9 100 espèces dans le monde, dont 312 en France (source : Wikipédia) ↩︎
  2. https://antenne-rance-emeraude.bretagne-vivante.org/les-grandes-landes-de-trebedan-revelent-enfin-leurs-tresors-bryologiques/ ↩︎
  3. Les épiphytes sont des organismes qui poussent en se servant d’autres plantes comme support. Il ne s’agit généralement pas de parasites car la plupart des organismes impliqués dans une épibiose (interaction biologique, ndlr) ne prélèvent rien au détriment de leur hôte. (source : Wikipédia) ↩︎
  4. https://fr.wikipedia.org/wiki/Campylopus_introflexus ↩︎
  5. HAMON, Valentin. Les bryophytes de la réserve naturelle des Grandes Landes de Trébédan. Rennes : Bretagne Vivante – SEPNB / Conservatoire d’espaces naturels de Bretagne, août 2026. 35 p. ↩︎
  6. Chez les sphaignes et mousses, un chlorocyste est une cellule verte, allongée et étroite, des feuilles, qui constitue le siège de la chlorophylle. Les chlorocystes sont donc de petites cellules chlorophylliennes spécialisées.  ↩︎

Image d’en-tête : Patch de Sphagnum compactum (gauche), coupe transversale de feuille raméale (droite) 6© Valentin Hamon
Rédaction : Yannick Meneux