Depuis plusieurs semaines, les Grandes Landes de Trébédan font l’objet d’un inventaire botanique et bryologique approfondi mené par Valentin Hamon, étudiant en Master, dans le cadre de son stage encadré par Benoit Dujol, salarié de Bretagne Vivante.
Ce travail de terrain, réalisé sur différents secteurs de la réserve, permet déjà de mettre en lumière la richesse écologique du site, mais aussi l’intérêt majeur des milieux humides et des landes restaurées pour des espèces parfois rares ou méconnues. Parmi les découvertes les plus marquantes figure l’observation d’une mousse patrimoniale en forte régression en Bretagne : Dicranum bonjeanii.
Une mousse rare découverte dans une partie boisée de la réserve
Lors de son deuxième passage sur le site, Valentin Hamon a identifié une station de Dicranum bonjeanii. Cette découverte constitue un fait notable pour la connaissance du patrimoine bryologique local.1
Cette mousse est aujourd’hui considérée comme rare et en régression en Bretagne ; elle mériterait par conséquent probablement une protection au niveau régional. Son identification certaine nécessite généralement une observation au microscope, même si l’expérience de terrain permet toutefois de la distinguer d’espèces proches comme Dicranum scoparium ou Dicranum polysetum.
Selon Valentin Hamon, cette présence pourrait témoigner d’un héritage écologique ancien, l’espèce étant normalement liée aux milieux pâturés humides. La station observée semble cependant fragile à l’échelle locale. Les futurs travaux de restauration hydrologique envisagés sur le site pourraient avoir des effets variables sur cette population, encore difficiles à anticiper aujourd’hui.
Une piste de réflexion pourrait consister, à terme, à favoriser son maintien dans des zones de lande humide régulièrement pâturées.


D’autres espèces remarquables retrouvées
Les prospections ont également permis de confirmer la présence de plusieurs espèces patrimoniales ou peu observées récemment sur le site.
Ainsi, Viola lactea, une petite violette des landes atlantiques2, a été retrouvée au pied d’un quadrat d’inventaire botanique. L’espèce n’avait plus été signalée sur eCalluna3 depuis 1999 sur le secteur, probablement en raison de sa discrétion lors des inventaires estivaux.
Autre découverte intéressante : Ranunculus ololeucos, une renoncule rare des milieux humides, observée et identifiée quelques jours auparavant par Daniel Chicouène4 auprès d’une des mares, puis photographiée et documentée par Valentin Hamon5.


Les sphaignes : indicatrices précieuses des landes humides
Les inventaires bryologiques ont également permis d’identifier cinq espèces de sphaignes présentes sur la réserve :
- Sphagnum palustre
- Sphagnum subnitens
- Sphagnum compactum
- Sphagnum auriculatum
- Sphagnum inundatum
Parmi elles, Sphagnum compactum apparaît particulièrement intéressante. Cette sphaigne, caractéristique des landes humides, reste peu répertoriée dans les Côtes-d’Armor et n’avait encore jamais été signalée aux Grandes Landes de Trébédan. Relativement facile à reconnaître sur le terrain, elle constitue un bon indicateur de la qualité écologique des milieux oligotrophes humides6.
Des inventaires qui se poursuivent
Un dernier passage de terrain est prévu fin mai pour compléter les inventaires, notamment autour des mares et dans les secteurs forestiers du nord du site. Cette nouvelle prospection permettra également d’affiner l’évaluation de la station de Dicranum bonjeanii et, peut-être, de découvrir de nouvelles populations sur la réserve.
Ces premières observations confirment déjà tout l’intérêt écologique des Grandes Landes de Trébédan et l’importance des suivis naturalistes pour mieux comprendre et préserver ce milieu remarquable.
Les bryophytes, discrètes mais essentielles
Les bryophytes regroupent les mousses, les hépatiques et les anthocérotes. Dépourvues de véritables racines et de tissus conducteurs développés, elles absorbent l’eau et les éléments nutritifs directement par toute leur surface. Cette particularité les rend très dépendantes de l’humidité ambiante, même si certaines espèces supportent des épisodes de dessiccation prolongée grâce à leur remarquable capacité de reviviscence.
Souvent pionnières, les bryophytes colonisent rochers, sols nus, troncs d’arbres ou zones humides, où elles participent à la formation des sols, à la rétention de l’eau et à la régulation microclimatique. Elles offrent également des micro-habitats à de nombreux invertébrés et jouent un rôle important dans le fonctionnement des écosystèmes forestiers et tourbeux.
Très sensibles aux variations d’humidité, à l’acidification et à certains polluants atmosphériques, les bryophytes constituent aussi d’excellents bioindicateurs de la qualité des milieux naturels.
- https://www.inaturalist.org/observations/360117954 ↩︎
- https://www.inaturalist.org/observations/359756321 ↩︎
- https://www.cbnbrest.fr/observatoire-plantes/cartes-et-donnees/ecalluna/ ↩︎
- Daniel Chicouène est le botaniste qui a assuré, sur le site, tous les inventaires botaniques depuis le début des années 1990 (http://dc.plantouz.chez-alice.fr/). ↩︎
- https://www.inaturalist.org/observations/359757207 ↩︎
- « Bon, c’est à nuancer ça. Disons que oui pour la reconnaître quand on sait que c’est la seule espèce qui est compacte sur le site, mais non pour l’identifier avec certitude car il existe d’autres sphaignes comme Sphagnum molle qui lui ressemble mais qui est beaucoup plus rare. Ça se différencie quand-même bien sur le terrain [..] même s’il peut exister des pièges. » – Valentin Hamon ↩︎
Image d’en-tête : mousses dans la boulaie des Grandes Landes de Trébédan © YM-Bretagne Vivante